Des vacances rocambolesques

1



– Alors, papi ! As-tu enfin fini de l’écrire, cette fameuse histoire promise depuis mes sept ans ? Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, j’en ai treize et je sais tout de la vie.
Je sais comment on fait les bébés, je sais aussi comment faire pour ne pas en avoir, alors tu vois, tu peux vraiment tout  me dire, lance Léa, une superbe jeune fille, une surdouée, en s’asseyant à côté de son papi occupé avec son ordinateur.

Il  la  regarde,  subjugué,  referme  l’ordinateur,  se lève, l’embrasse puis lui dit :

– Bon anniversaire, ma chérie, viens, suis-moi, je t’ai préparé un joli cadeau.
– Pas cette fois, papi. Tous les ans tu me fais le même  coup : un joli cadeau et la promesse de me raconter ton histoire, à mon prochain anniversaire. Cette fois-ci, je reste ici, et j’attends. Remets donc en service ton ordinateur, et laisse-moi lire le fichier qui se nomme :« Des vacances rocambolesques. »
 
– Quel fichier ? Où as-tu vu cela ? Comment sais- tu que ce fichier existe ?
– Je t’expliquerai cela à ton prochain anniversaire, papi, mais aujourd’hui, c’est le mien, alors, fais-moi cet immense plaisir, s’il te plait, mon papi.

En disant cela, elle lui fait les yeux doux, puis elle lui caresse doucement la joue.

– C’est une très longue histoire et tu ne connaîtras pas la fin avant le repas de midi. Il serait préférable de la commencer cet après-midi, dès la fin du repas.
– Bien sûr ! Après le repas, tu iras faire ta sieste, et ainsi de  suite. Je n’ai plus sept ans, papi, je ne suis plus  assez  stupide   pour  ne  pas  comprendre  ton stratagème. Allez !  Pousse-toi,  je vais le mettre en route, ton ordinateur.
– Surtout  pas !  Il  ne  connait  que  moi.  Si  tu  y touches, tu vas le dérégler.
– Parce que, comme moi, il a aussi des règles ?
– Bon, d’accord, je vois à qui tu ressembles. Allons-y, mais promets-moi de ne jamais parler de cette histoire.
– Voyons, papi, cela coule de source, un secret de famille ne se divulgue pas.

Il soulève le capot de l’ordinateur, saisit le micro- casque et le pose sur sa tête.

– Oh, mais    dis    donc !    Tu    t’es    drôlement modernisé. Tu utilises maintenant la reconnaissance vocale pour commander ton ordinateur ?
– Oui, elle me facilite la tâche.
– Montre-moi tes mains ! D’accord,  je  comprends  maintenant  pourquoi :
l’arthrite bloque tes doigts.
– Tu sais aussi cela ?
– À ton avis, pourquoi Internet existe-t-il ? Sur la toile, tu peux tout apprendre.
– C’est  exact,  les  bonnes  choses,  comme  les mauvaises. Au fait, tu ne m’as toujours pas dit quel métier tu voudrais faire plus tard ?
– Je serai laborantine, je ferai des recherches, ou je travaillerai  dans  un  hôpital,  enfin,  n’importe  où,  à condition    de    pouvoir    utiliser    des    substances dangereuses. Je suis fascinée par celles-ci.

En entendant cela, papi rabat lentement la partie supérieure de l’ordinateur.

– Arrête ! Tu viens de me promettre, tu dois tenir ! Laisse-moi lire cette histoire, papi.

Le dessus de l’ordinateur se relève, les commandes verbales   sont  annoncées,  les  écrans  se  succèdent jusqu’à ce que le titre si attendu par Léa apparaisse :
« Des vacances rocambolesques »


*
*    *

– Enfin ! Dis-moi, y a-t-il beaucoup de cadavres dans ton histoire ?  Parce que, sans cadavre, elle ne serait pas passionnante, mais  cela,  je suppose que  tu  dois  le savoir, à ton âge.
– Des  cadavres,  bien  sûr  qu’il  y  en  a !  Mais j’aimerais savoir si tu veux découvrir ce que j’ai écrit, ou modifier mon histoire, parce que si c’est pour la modif…
– Oh,    là !    Mon    papi    devient    susceptible ! D’accord, je te promets de ne faire aucune critique ni observation, avant d’avoir lu la dernière ligne. Cela te va-t-il, mon papi ?
– C’est parfait. Voici donc cette histoire :
 

2



Depuis  qu’il  a  obtenu  son  permis  de  conduire, Julien,  un  jeune garçon, blond, timide et maigrelet, va,    en    voiture,    passer    tous    les    week-ends    à Bruyaumont. Sa sœur Nina l’accompagne.  Ils  vont aider leur tante qui tient un café. Celle-ci est toujours heureuse de les  voir  arriver, car elle peut enfin se reposer lorsqu’ils la remplacent.
Les semaines se succèdent, les voyages aussi.
Ce café réputé être un  « café pour vieux » voit l’arrivée  de plus en plus importante de jeunes de la région qui, auparavant, le délaissaient.

Les pourboires qui augmentent régulièrement et les quelques billets ajoutés par la tante sont fort appréciés par  ces  deux   jeunes,  mais  un  jour,  Nina  tombe amoureuse de Guillaume, le fils du libraire d’en face.
Les    voyages    continuent.    Julien    se    retrouve désormais seul au café, sa sœur préférant rejoindre son amoureux, dès son arrivée.
Quelques   mois   plus  tard,  Nina  et   Guillaume décident de se marier. Naturellement Julien est invité à ce mariage.
Pour la cérémonie et le banquet, il se trouve en compagnie  de  Mireille,  une  cousine  éloignée  de Guillaume. Il n’a jamais vu cette fille auparavant. Elle lui a été attribuée d’office comme cavalière.
Le dimanche suivant, c’est la fête au village. Sur les conseils de sa tante, Julien s’y rend pour prendre l’air et se changer les idées.
Une heure et demie plus tard, il rentre au café.
– Te  voici  déjà,  lui  lance  sa  tante,  tu  es  bien comme ton père, tu n’aimes pas beaucoup t’amuser.
– Non, ce n’est pas ma tasse de thé. Je préfère t’aider.

Il remet sa veste de serveur, puis il se dirige vers une  demoiselle qui vient d’entrer dans le café. Il lui demande    ce    qu’elle    désire,    lui    apporte    sa consommation, et revient vers sa tante.
La  discussion  reprend  quelques  instants,  puis  la tante annonce :

– Puisque  tu  es  rentré,  je  te  laisse  reprendre  le service, je vais me coucher, je suis un peu fatiguée.

Les week-ends passent,… comme sa sœur, Julien tombe amoureux.
Il fait la connaissance de Gabrielle, une fille qui vient  régulièrement,  en  compagnie d’une bande de copains, prendre un apéritif le dimanche matin.
Les mois passent, puis ils se marient et s’expatrient dans    un    autre    département,    pour    des    raisons professionnelles.
Régulièrement,    ils    reviennent    à    Bruyaumont, passer le week-end chez les parents de Gabrielle. Ils en  profitent,  chaque  fois,  pour  aller  dire  un  petit bonjour à leur tante, puis à Nina et Guillaume.
Lors d’une de ces visites, alors que Guillaume et Julien se trouvaient seuls dans la réserve, Guillaume dit à Julien :

– Au fait, tu te souviens de ma cousine Mireille, celle qui était ta cavalière à notre mariage ?
– Mireille,    oui,    bien    sûr !    elle    avait    voulu m’entraîner dans sa chambre.
– Elle voulait, ou elle t’a ?
– Eh !,  Oh !,  Tu  me  connais,  je  suis  un  garçon sérieux. Tu ne crois quand même pas que je me serais laissé entraîner  par  elle, d’autant plus que ma tante m’avait averti qu’il fallait  se méfier d’elle. Mais au fait, pourquoi me parles-tu de cette fille ?
– Parce  que,  deux  ou  trois  mois  après  notre mariage, elle avait disparu de la circulation, sans rien dire à personne. Elle était partie de chez ses parents, sur  un  coup  de  tête,  et  ils  n’avaient  plus  aucune nouvelle  d’elle.  Connaissant  ses   activités,  ils  la croyaient disparue à jamais dans un pays très éloigné, mais    contre    toute    attente,    elle    est    revenue dernièrement leur rendre une courte visite.
– Ils devaient être heureux.
– Tu  penses,  un  peu  plus  de  quatre  ans  sans nouvelle, c’est long.
– Où était-elle passée ?
– Contrairement à ce que tout le monde pensait, elle  n’était  pas partie dans un réseau de traite des blanches,  mais  elle  s’était  mariée.  Elle  habitait,  et habite toujours dans le Sud de la France.
– Elle  n’avait  jamais  donné  de  ses  nouvelles, avant ?
 – Non, mais il paraît qu’elle est heureuse, qu’elle élève sa fille dans le luxe, sans aucun souci financier.
– Elle a une fille ?
– Oui, Julie, Antoinette, Marie, Ernestine.
– C’est   tout ?   Elle   aurait   pu   lui   trouver  des prénoms  plus  jolis.  Julie,  encore,  cela  peut  passer, mais les autres !
– Elle a toujours été un peu bizarre. Julie, c’est sans doute pour se rappeler un de ses anciens mecs.
– C’est un prénom de fille, mais il est peut-être proche de celui de son mari.
– Non,  même  pas,  il  s’appelle,  Aristide,  Jules, Joseph.
– Oui, c’est vrai, cela n’a aucun rapport. Avec ces prénoms, il doit être âgé le mari ?
– Soixante-dix-huit ans.
– En effet, et cette fille, quel âge a-t-elle ?
– Je ne sais pas si c’est leur fille. À elle, c’est sûr, à lui ? j’en doute, car à son âge !
– Oui, à 78 ans, on peut en douter. Tu ne m’as pas dit l’âge de la fille.
– Elle a trois ans et demi. Je n’ai pas été long à faire le calcul. Un peu plus de quatre ans qu’elle est partie, moins  trois ans et demi, à mon avis, si elle s’est sauvée, c’était parce qu’elle était enceinte. Coïncidence ou pas, en remontant à trois ans et demi,  plus neuf mois, cela fait, à huit jours près, la date de notre mariage, et Julie me fait penser à Julien.
– Heureusement  qu’on  a  tous  passé  une  nuit blanche  à  danser dans cette grande salle des fêtes, sinon on aurait pu  croire que j’étais le père de cette fille.
 – Tu   connais   ma   mère.   Elle   a   déjà   fait   le rapprochement, mais ne t’en fais pas, ma cousine est une « saute aux prunes », mais aussi une fille qui sait tenir sa langue.
– Oh !, Oh !, Toi  aussi  tu  crois  que j’ai  couché avec elle ?
– Non,  puisque  nous  étions  tous  réunis,  mais même  si   tu  l’as  revue  plus  tard,  cela  n’a  pas d’importance et ne nous regarde pas.
– Je te rassure : effectivement, ce jour là, elle a tenté de m’entrainer dans son lit, mais je ne l’ai pas suivie. Après ce  que tu viens de m’annoncer, je ne regrette pas ce refus. Elle n’avait sans doute pas eu de mal à trouver un autre célibataire consentant.
– Oh que non ! Il y en avait plus d’une dizaine au mariage.

Cette  discussion  allait  se  poursuivre,  mais  elle cesse  brutalement lorsque Gabrielle pénètre dans la réserve.
Le  week-end  se  termine.  Julien  et  son  épouse reprennent le chemin du retour. Contrairement à ses habitudes,  Julien met la radio, et il semble conduire comme un automate. Ses pensées sont-elles ailleurs ?
 

 
3



Dans le foyer de Gabrielle et Julien, comme dans presque  tous les autres foyers, les enfants naissent, grandissent  puis,   petit  à  petit,  s’éloignent  de  la maison. Puis un jour, l’âge de la retraite arrive.
Les  deux  vieux  s’occupent  en  entretenant  et  en modernisant leur grande propriété. Cela fait beaucoup de travail et leurs journées sont entièrement occupées. Ils ne prennent même pas le temps de se reposer, mais un jour de fin août, en se levant, Gabrielle annonce à Julien :

– Chéri,  cette  nuit,  j’ai  fait  un  rêve  qui  m’abeaucoup plu.
– Ah !
– Veux-tu le connaître ?
– Si je te réponds non, tu vas quand même me le dire, alors, je t’écoute.
– Il est fort simple. Nous étions entièrement nus et je me  frottais contre toi, comme je l’ai très souvent fait,…
– Attends !  Tu  vas  trop  vite.  Je  n’ai  pas  bien compris. Peux-tu recommencer ?
– Nous  étions  entièrement  nus,  je  me  frottais contre toi, comme je le faisais quelquefois, et tu me demandais ce qui me ferait plaisir.
– Effectivement,    un    rêve    érotique    c’est    fort intéressant, et… que m’as-tu répondu ?
– Depuis que nous sommes mariés, nous n’avons cessé  de  travailler  pour  les  enfants  et  l’entreprise. Depuis que tu es en  retraite, nous n’avons cessé de travailler  dans  notre  propriété.  Je  commence  à  me fatiguer. Ne crois-tu pas qu’il serait temps de prendre quelques jours de vacances bien méritées ? Tu as paru déçu et tu as feint de ne pas entendre, puis j’ai ajouté : J’aimerais bien aller au bord de la mer quelques jours, tu m’y emmènes ?
Tu m’as répondu :

– Fin  août,  c’est  la  mauvaise  saison,  le  vent souffle, les jours sont courts et puis, la mer est à plus de mille kilomètres. À notre âge, c’est trop loin, je ne me sens plus capable de conduire aussi longtemps.

Puis j’ai continué :

– Il y en a une à moins de deux cents kilomètres.
– Oui,  la  manche.  Alors  là,  ma  pauvre,  toi  qui n’aimes pas la compagnie, c’est vrai que tu serais gâtée. Tu  serais sans doute la seule à t’y promener, emmitouflée dans un anorak, mais tu n’y resterais pas plus  d’une  demi-heure.  Si  nous  devons  payer  une location  pour  rester  enfermés,  à   faire  des  mots- croisés, je préfère être à la maison. Ici, nous pouvons nous balader, bricoler, nous reposer et, en plus, cela ne nous coûte rien. Eh puis ! Quel âge as-tu ?
– Ne détourne pas la conversation.
– Ce n’est pas une réponse.
– Tu le connais mon âge.
– Oh que oui !
– Alors ?
– Combien de fois es-tu partie en vacances ?
– Tu sais très bien que nous ne sommes jamais partis.
– C’est à cet âge-là que tu y penses ?
– Oui, je vois, tu ne veux rien entendre, tu es, et tu resteras toujours aussi radin et de mauvaise foi.  Puis, je me suis éloignée en bougonnant.
– C’est tout, et tu trouves ce rêve intéressant ?
– Oui, parce que ce n’était qu’un rêve, la réalité peut    être    tout    autre.    Tu    pourrais    réellement m’emmener  en  vacances.  Maintenant,  plus  rien  ne nous retient, sauf, naturellement si tu ne veux pas me faire plaisir.
– Il était bizarre ton rêve, mais tu vois, malgré ton petit jeu érotique, je ne me suis pas laissé avoir.
– O.K. j’ai compris, tu es comme dans mon rêve, tu ne veux pas me faire plaisir.

Puis elle s’éloigne en bougonnant.
 

 
4



Légèrement touché par la réflexion de Gabrielle, Julien se dit qu’il doit faire un geste pour montrer à son épouse qu’elle se trompe.
Se  souvenant  qu’elle  lui  avait  annoncé,  il  y  a quelque  temps, qu’il devenait évident que, depuis la remise en état et le rajeunissement du salon, il allait falloir    remplacer    deux    fauteuils    qui    ne correspondaient plus  au  nouveau style, il se branche sur Internet et cherche le meilleur prix pour l’achat de deux fauteuils du style recherché.
La consultation n’est pas trop longue, mais le prix dépasse  largement les disponibilités prévues pour le mois. Sans rien dire, il remet donc ce projet au mois suivant.


*
*    *

Les  jours  passent,  le  début  du  mois  arrive.  La consultation  du  compte  bancaire  sur  Internet  lui confirme que l’argent des retraites est arrivé.
C’est  bon,  Julien  reprend  le  site  du  fournisseur sélectionné.   Quelle   chance !   Non   seulement   les fauteuils sont encore là, et disponibles, mais en plus, exceptionnellement  pour ce jour, le port de ceux-ci est gratuit. Sans hésiter, Julien passe la commande et la règle par carte bleue. Quelques instants plus tard, la confirmation  s’imprime.  Les  fauteuils  seront  livrés sous 48 heures.
Heureux comme un potache, il se précipite vers son épouse, lui annonce la bonne nouvelle, mais il est vite  déçu  car   cette  commande  ne  provoque  pas l’enchantement attendu, bien au contraire.
Des critiques et doutes fusent :

– Tu t’es fait avoir, nous ne recevrons jamais les fauteuils.  J’espère que tu n’as pas payé d’avance, tu n’ignores pourtant pas qu’il n’y a que des voleurs sur ce machin-là. Nous  pouvions aller les chercher dans un grand magasin, nous ne les aurions pas payés plus chers et nous aurions eu la possibilité de les toucher, de les comparer et de choisir les meilleurs !
– Voyons, ma chérie, Internet n’est plus à l’âge de ses  débuts,  les  transactions  se  font  sans  problème avec des  magasins de grande réputation. D’ailleurs, dans deux jours, tu vas pouvoir constater que je ne me suis pas trompé en faisant confiance à cette boutique virtuelle.
– Virtuel, virtuel, c’est bien cela ! Tu vas recevoir des  fauteuils  virtuels,  mais  tu  ne  te  seras  pas  fait virtuellement rouler, mais réellement avoir !

Julien préfère ne pas répondre. Il espère bien vite recevoir  les  deux  colis,  car  son  épouse  a  presque réussi à semer le doute dans son esprit.
Heureusement, le soir même, en revenant sur le site   qui   vend   ces   fauteuils,   il   constate   que   sa commande  a  été  expédiée.  Elle  sera  livrée,  à  son domicile, sous un délai d’environ deux jours. Rassuré, il ne lui dit rien.
Le    surlendemain    matin,    un    énorme    camion s’immobilise devant la porte d’entrée de leur propriété.
Julien lance alors à Gabrielle :

– Je te parie que ce sont nos fauteuils virtuels.

Un sourire narquois est esquissé par Gabrielle.
Julien se précipite vers le camion. Le conducteur a déjà ouvert les portes arrières.
– J’ai ces deux paquets pour vous, où dois-je les déposer ?
– Je  vais  vous  aider,  cela  sera  plus  simple,  lui répond Julien.

Les deux hommes empoignent le premier colis, le portent et le déposent sur l’escalier.
Gabrielle  qui  guigne  le  déroulement  de  cette livraison,   derrière  les  vitres,  ouvre  rapidement  la fenêtre pour lancer :

– As-tu vérifié la couleur ? C’est marqué « Black » sur le carton, et on voulait des beiges.
– Vous  pouvez  vérifier  en  ouvrant  le  carton, annonce le livreur.

Effectivement, une fois le carton ouvert, force est de constater que le fauteuil est noir.
– Vous avez bien commandé des beiges. C’est ce qui est marqué sur le bordereau de livraison, annonce le livreur.
 
Ouf ! Pense Julien, heureusement que ce n’est pas
moi qui me suis trompé.
– En  voici  déjà  un  à  retourner.  Allons  voir  le deuxième pour vérifier sa couleur, déclare Julien.
– Inutile de le descendre, « Black » est également
inscrit sur l’emballage, confirme le livreur.

Une indication de refus, avec le motif, sur le bon de livraison, le rechargement du fauteuil, une poignée de main, puis le camion s’éloigne.
Julien  revient  à  la  maison.  Gabrielle  lui  lance aussitôt :

– Heureusement  que  j’étais  là  pour  voir  que  ce n’était pas des beiges. Maintenant, que vas-tu faire ?
– Je vais les contacter par e-mail, et ils vont nous en faire parvenir deux autres.
– Oui, dans deux mois !
– Non, dès qu’ils auront reçu ceux que je viens de refuser.

L’ordinateur est mis en service et un e-mail avertit le fournisseur  du  refus,  pour  cause  d’erreur  de couleur.
Un quart d’heure plus tard, la réponse arrive :

« Dès réception des deux fauteuils noirs, les beiges vous seront expédiés. »

Bon, c’est bien ce que je pensais, se dit Julien. L’erreur va être vite réparée.
Il s’apprête à arrêter la liaison sur Internet, lorsque l’écran publicitaire suivant fait son apparition :

« 60 % de remises sur vos vacances »

– Bof ! Pourquoi pas ? Allons voir si c’est vrai.
 
Julien clique sur la publicité.

Dans quel pays voulez-vous vous rendre ? Il répond : France.
Quelle région ?
Il hésite, puis, sans savoir pourquoi, il répond :
Les Vosges
Quelle ville ?
Nouvelle hésitation, puis il écrit :
Gérardmont.

Deux raisons l’ont motivé pour son choix : Gabrielle est née dans cette ville.
Il y a un magnifique grand lac, donc une petite mer, au cœur de cette ville.
Cette  fois,  il  est  sûr  que  son  épouse  va  être satisfaite de son choix.

Hôtel, chambre d’hôte ou gîte ?
Hôtel

Après avoir examiné les différentes offres, toutes concernant des hôtels de luxe couverts d’étoiles, il cherche dans « chambre d’hôte ».
Toutes trop éloignées de la ville, ou à un prix trop voisin de celui des chambres d’hôtel.
– Allons voir dans les gîtes.

Il a le choix entre deux, à l’intérieur de la ville. Le premier  porte  un  joli  nom.  Sans  hésiter,  il  clique dessus.
Un écran apparait :
 
« Le  gîte  est  disponible  du  8  au  14  à  un  prix exceptionnel. »

Que demander de mieux ?

Il  poursuit  pour  connaître  le  prix,  admire  les photos,  puis réserve immédiatement. Il ne lui reste plus qu’à attendre la réponse du propriétaire.
Cette fois, il se dit qu’il ne dira rien à son épouse, tant qu’il n’aura pas reçu la confirmation, l’affaire des fauteuils n’ayant pas été très concluante.

Le  e-mail  de  confirmation  arrive  le  lendemain, vers midi :

« Votre réservation est enregistrée, le gîte est à votre  disposition entre le 8 à 16h et le 14 à  10h. Habituellement,   nous  demandons  un  acompte  de 30 %, mais exceptionnellement, pour vous, nous vous en dispensons. »

Julien relit la réponse deux fois. Le « pour vous » l’intrigue, mais enfin, puisque c’est bon, il se décide à annoncer  la bonne nouvelle à son  épouse : elle va enfin pouvoir  profiter des vacances « au bord d’une mer », dans cinq jours.

– Le lac de Gérardmont n’est pas une mer, à ce que je sache, lui est aussitôt répondu.
– C’est vrai, mais c’est tout comme, et en plus, tu es  née  dans  cette  ville,  cela  te  fera  l’occasion  de retrouver  les  paysages  que  tu  as  connus  durant  ta jeunesse,  ce  que  tu  ne  pourrais  retrouver  au  bord d’une mer.

Un léger sourire pointe sur son visage.
 
– Oui,  c’est  mieux  que  rien,  mais  te  rends-tu compte  qu’il ne reste pas beaucoup de temps pour tout préparer, c’est dans cinq jours !
– Tout  est  dans  le  gîte,  il  suffit  de  prendre  ses effets personnels et les draps. Il ne faut pas cinq jours pour cela.

Elle lit le texte écrit sur la confirmation, puis elle regarde Julien et lui dit :

– Que veut dire le « pour vous », et pourquoi le propriétaire nous dispense-t-il de verser un acompte ?
– Je n’en sais rien. Même si nous ne versons pas d’acompte, il faudra bien régler la totalité en quittant les lieux, il ne va pas nous en faire cadeau. Nous en saurons sans doute plus lorsque nous arriverons.
– Une chose est sûre, ce n’est pas pour ta bonne mine, il ne peut pas te voir sur son écran.
– Tu  as  raison,  mais  quelque  chose  me  dit  que c’est sans doute quelqu’un qui me connait.
– Une ancienne copine par exemple ?
– Pourquoi  pas ?  Avoue  que  cela  serait  drôle. Deviendrais-tu subitement jalouse ?
– Bon, je préfère aller préparer les valises plutôt que d’écouter de telles âneries.

Puis elle laisse Julien devant son ordinateur.
 

 
5



Les jours s’écoulent lentement.
Les valises se ferment.
Une importante réserve de nourriture et de boisson est mise en place, pour le cheval et pour le chat.
Toute  la   famille   est   prévenue   de   ce   départ inattendu.
La voiture est bichonnée et contrôlée. Tout est enfin prêt pour le départ.


*
*    *

Le jour J, à 14 heures, la voiture sort du garage. Un équipement digne d’un ensemble de survie, pour un minimum d’un mois, est aussitôt chargé.
L’indispensable G.P.S., programmé la veille, est installé.  Le  garage  est  refermé.  Julien  revient  à  la maison et annonce :

– C’est bon, tout est chargé, la voiture est prête, mets l’alarme et nous y allons, la route nous attend.
– As-tu bien tout chargé dans la voiture ? 
– Oui, tout.
– Tu n’as pas oublié ta valise de dépannage ?
– Pour quoi faire ? Nous n’allons pas dans un gîte pour bricoler, si quelque chose ne fonctionne pas, le propriétaire fera la réparation. Il nous doit tout en état de fonctionnement.
– Oui, mais, si en cours de route nous avons un problème.
– D’accord !    Je    vais    la    prendre,    l’intuition féminine a parfois du bon.

Julien  retourne  devant  le  garage,  il  ouvre  le cadenas,    la    porte    coulissante,    attrape    la    valise métallisée  contenant  tous  les  outils  de  son  ancien métier, ouvre le coffre de la voiture, dépose la valise, puis referme le coffre et le garage.

– Les  outils  sont  chargés.  Nous  devons  y  aller maintenant si nous voulons arriver avant la nuit.

Les deux vérifient, une nouvelle fois, que tous les volets   sont  bien  fermés.   Ils  mettent   en  service l’alarme, ferment à double tour la serrure de la porte d’entrée,  montent  dans  la  voiture,  puis  les  portes claquent.
Ouf !  La  voiture  s’éloigne  enfin.  Leur  aventure commence. Ils ne se doutent pas de ce qui les attend.
 


6



Sous un soleil complaisant, sans doute heureux de voir ces  deux retraités circuler pour la première fois sur la route des vacances, le parcours s’effectue sans encombre sur des routes dégagées.
On pourrait  soupçonner  la  météo  qui,  la  veille, avait  annoncé  un  temps  pluvieux  sur  l’Est,  d’être intervenue    pour    obliger    les    nuages    à    s’arrêter momentanément sur l’Ouest.
De son côté, utilisé pour la première fois, le G.P.S. joue  son   rôle  sans  faille,  même  lorsque  Julien, heureux  de  se   faire   guider  sans  être  obligé  de chercher   sa   route,   oublie   de   tourner   quand   la langoureuse voix de celui-ci lui dit de le faire.
Heureusement,    les    « attention »   et    « attention passage dangereux », rappellent à Julien qu’il dépasse la  limitation de vitesse, ou qu’un détecteur radar est installé sur le bord de la route pour le flasher.
Tout était donc parfait depuis plus d’une heure, lorsque   soudainement,  Julien  ralentit.  À  quelques centaines    de    mètres    devant    eux,    des    signaux lumineux, balises et gendarmes l’obligent à se diriger sur  une  aire  de  repos  où  il  doit  impérativement s’arrêter.
Un gendarme s’approche du véhicule.
Julien baisse la vitre.

– Bonjour,    monsieur,    Gendarmerie    nationale, contrôle d’alcoolémie. Avez-vous bu ?
– Oui, de l’eau  en mangeant à midi, lui répond Julien.
– Uniquement de l’eau ?
– Oui, bien sûr.
– J’en doute, mais nous allons vite vérifier cela.
– Ça, c’est la meilleure ! Tu te rends compte que ce  jeunot  ne  veut  pas  me  croire !  lâche  Julien  en direction de son épouse.
– Comment ?    Vous    refusez  le contrôle d’alcoolémie ? Vous savez que cela peut vous coûter très cher !
– Oh là ! Du calme, jeune homme, il ne faut pas déformer  mes paroles. Je ne refuse pas ce contrôle, mais j’ai  simplement fait remarquer à mon épouse que  vous  étiez  persuadé  que  j’avais  bu.  Sur  quoi basez-vous cette présomption ?
– Je n’ai pas de compte à vous rendre, soufflez dans ce ballon !
– S’il  vous  plait  monsieur.  Ne  vous  a-t-on  pas appris la politesse ?

Pour se moquer de ce jeune présomptueux, Julien souffle  de  toutes  ses  forces  dans  l’embouchure  du ballon qui, naturellement, ne se gonfle pas, puis il le redonne au gendarme en lui disant :
 
– Rien   à   faire,   il   est   bouché,   votre   machin, changez-le.

Commençant à perdre patience, l’agent lui répond :

– Il n’est pas bouché, recommencez !

Julien recommence la même opération et lui rend de nouveau le ballon.

– Vous   êtes   idiot,   ou   quoi ?   Il   faut   souffler lentement en pinçant bien les lèvres.
– Ah ! Comment voulez-vous que je le sache, si vous ne me le dites pas avant ?

Julien souffle lentement et tend le ballon. L’agent observe le tube qui sert de test.

– C’est bon. Montrez-moi vos papiers, permis de conduire, carte grise et assurance.

Julien sort les papiers réclamés et les lui confie.
L’agent  les  observe,  fait  le  tour  du  véhicule, revient  à  la  vitre  ouverte,  regarde  à  l’intérieur  du véhicule, puis lit à nouveau les documents.
Trouvant que la plaisanterie a assez duré, Julien lui tend une carte en disant :

– Tenez, regardez aussi ceci.

L’agent aussitôt lâche, confus :

– Ah ! Vous êtes… C’est bon, vous pouvez y aller. Vous auriez pu me la montrer tout de suite.

Julien reprend ses papiers, les range, ferme la vitre, démarre et reprend la route.

– Je croyais qu’il allait dire que c’était à cause de ton nez  rouge, mais avec tes âneries, tu nous as fait perdre  près  d’un   quart  d’heure,  lui  déclare  son épouse.
 – Nous avons le temps, nous ne devons pas arriver avant  16h,  et malgré cela, nous sommes encore en avance sur mes estimations.
 


7



La route défile, avec quelques petits arrêts pipi sur d’autres aires, mais, à une centaine de kilomètres de la destination finale, le véhicule est de nouveau obligé de s’arrêter sur le bas côté. Cette fois, c’est pour un contrôle de la douane.

– Ce n’est pas possible ! Ils sont tous de sortie, aujourd’hui ! Lâche Julien.

Il ouvre de nouveau sa vitre.

– Douane, d’où venez-vous ?
– Bonjour,  monsieur,  pouvez-vous  répéter,  s’il vous plait, je n’ai pas bien compris.
– Bonjour,  monsieur,  contrôle  de  douane,  d’où venez-vous, s’il vous plait ?
– Je préfère. Des environs de Reims.
– De  Reims ?  Et  votre  véhicule  est  immatriculé dans les Ardennes !
– Eh oui ! Et nous allons dans les Vosges, six jours en vacances, pour la première fois de notre existence. Comme    par    hasard,    nous    venons    déjà    d’être enquiquinés  par  la   gendarmerie  pour  un  contrôle d’alcoolémie,  et  maintenant   par  la  douane.  Que voulez-vous savoir exactement ? si je transporte du champagne ?
– C’est un contrôle de routine, mais comme vous me  paraissez un peu douteux, descendez, et ouvrez votre coffre….   Ah !   J’oubliais,   s’il   vous   plait, monsieur.

Julien descend et ouvre le coffre.

– Tout ça pour six jours de vacances ?
– Eh, oui ! J’ai dit la même chose à mon épouse.
– Bon, alors, nous allons tout contrôler. Sortez les valises, et ouvrez-les.
– Vous voulez rire ! Si vous voulez les contrôler, faites-le vous-même, sortez tout, mais vous rangerez aussi tout, sans mon aide. Je ne suis pas, comme vous, payé pour le faire.

La première valise est sortie, puis ouverte. C’est la valise renfermant les outils.
– Vous  m’avez  bien  dit  que  vous  partiez  en vacances ?
– Oui.
– Les outils, c’est pour faire quoi ?
– Demandez    à    ma    femme,    j’ai    suivi   ses instructions.

Il referme la valise, la repose dans la voiture et lance :

– J’ai autre chose à faire que de perdre mon temps avec  vous. Vous pouvez y aller, j’espère que vous passerez de bonnes vacances.

Puis il s’éloigne.
Julien remonte dans la voiture.
 
– Tu cherches vraiment les ennuis. On dirait que ça t’amuse.
– Encore un quart d’heure de perdu, cette fois-ci, c’est bon, on arrivera juste à l’heure.
– Oui, mais tu sais, le dicton dit : « Jamais deux sans trois », quelle va être la troisième surprise ?
– Un autre événement inattendu.
– Petit rigolo, regarde ta route, je ne tiens pas à me retrouver dans le décor.

Le  parcours  restant  s’effectue  sans  encombre, jusqu’à   ce   que  la  langoureuse  voix  féminine  du G.P.S. annonce : « À 50m, à votre gauche, vous êtes arrivés à destination ».
 

 
8



Il est 17h et quelques minutes, la voiture s’arrête devant le chalet.
Les jambes un peu engourdies, les deux voyageurs descendent.

– Tu vois ton dicton, c’est du bidon.
– Il est très beau, ce chalet, lui répond Gabrielle.
– Oui, mais le gîte n’est qu’au rez-de-chaussée, lui rétorque Julien.
– Bon, que fait-on maintenant ?
– Je vais aller sonner chez le proprio.

Toujours aussi timide avec les inconnus, Gabrielle lui répond :

– Oui, va le voir, moi je reste ici, et je t’attends.

Julien, en la regardant, esquisse un léger sourire qui en dit long, puis il se dirige vers la porte et appuie plusieurs fois sur le bouton de la sonnette.
Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre :

– Bonjour, monsi…, pardon ! Madame, je croyais tomber sur votre mari.
– Bonjour, Julien, tu ne pouvais pas tomber sur lui, il est décédé le soir ou tu as réservé le gîte, mais si tu le veux, tu peux toujours tomber sur moi, quand tu le veux,  comme  tu  l’as  fait,  il  y  a  une  quarantaine d’année.
– Attendez, je ne comprends pas, je… je… je ne vous connais pas. Vous devez faire erreur. Je ne suis pas  de  la  région,  je  viens  des  Ardennes  et  il  y a 40 ans, j’habitais en Meurthe et Moselle.
– Peut-être,  mais  tu  venais  à  Bruyaumont  et  tu étais au mariage de Guillaume, mon cousin éloigné, et de Nina, ta sœur. Tu devais aussi venir sur les autos tamponneuses, avec moi, mais tu as tellement insisté pour me suivre dans ma chambre, puis profité pour..
– Arrête ! Tais-toi, je suis marié et ma femme est près de la voiture. Tu ne veux quand même pas nous empêcher de passer d’excellentes vacances ?
– Oh non, bien au contraire ! C’est même pour cela que   j’avais  demandé  à  mon  mari  de  faire  une exception en ne te demandant pas d’acompte, lorsque j’ai vu qui désirait louer notre gîte.
– C’est parfait, tu es une fille sympa, je compte sur toi pour  que mon épouse ne se doute de rien. Je te présente nos  sincères condoléances pour le décès de ton mari.
– Oh ! Ce n’est rien. Ce n’était pas trop tôt, il avait largement  l’âge  de  mourir.  D’ailleurs,  je  dois  te remercier, c’est grâce à toi s’il est parti si vite.
– Explique-toi, là je ne comprends plus.
– Lorsque  j’ai  vu  ta  demande  de  location,  ton prénom et ton nom, je lui ai demandé d’effectuer des recherches,   pour,   soi-disant,   ne   pas   tomber   sur n’importe qui. De par son métier, il avait d’énormes relations et il n’a pas eu de mal à me fournir ce que j’attendais de lui. Ce qu’il m’a  trouvé m’a confirmé que tu étais bien celui que je pensais.  Mais, ayant constaté que j’avais paru anormalement satisfaite, en insistant pour de pas demander d’acompte, il n’avait cessé  de me harceler de questions de plus en plus pressantes, et j’ai  craqué. Je lui ai dévoilé tout ce que, jusque-là, j’avais décidé de lui cacher : mes activités antérieures à notre mariage, notre  rencontre, la naissance de ta fille,…
– Quoi ? Attends ! Que viens-tu de dire ?
– J’ai dit de ta fille, car, souviens-toi de nos ébats. Pour la première fois depuis mes activités, je n’avais pas pris de précautions et cette première fois a été la bonne.
Neuf  mois  plus  tard,  notre  fille  est  née.  Je t’expliquerai tout le reste un autre jour, car je vois que ton épouse commence à s’inquiéter. Va la chercher, je monte prendre la clé et je reviens vous ouvrir le gîte.
– N’oublie pas ta promesse.
– N’aie pas peur, je sais tenir ma langue.

Julien revient vers son épouse.

– Dis-donc, elle te baratinait, ou quoi ? Cela fait presque un quart d’heure que je poireaute.
– Nous sommes tombés chez Mireille, une cousine éloignée  de  Guillaume.  C’était  ma  cavalière  à  son mariage   avec   Nina.   Elle   était   contente   de   me retrouver pour me raconter ses malheurs. Son mari est décédé le jour ou j’ai réservé le gîte.
– Drôle    de    coïncidence.    Bon,    allons-y,    nous reparlerons de cela plus tard.
 

 
9



Mireille est revenue de son appartement. La clé à la main, elle attend ses deux locataires sur le pas de la porte.

– Bonjour,  madame,  je  suis  heureuse  de  vous accueillir. Avez-vous fait un bon voyage ?
– Oui, merci, tout s’est bien passé, le G.P.S. nous a guidés jusqu’ici, sans difficulté.
– Alors  suivez-moi,  je  vais  vous  ouvrir  et  vous montrer le gîte.

Une rapide visite des différentes pièces, avec détail des emplacements de la vaisselle mise à la disposition des locataires, puis Mireille annonce :

– Si vous avez besoin d’autre chose, n’hésitez pas, venez  sonner  à  ma  porte.  Après  ce  qui  vient  de m’arriver, je suis pratiquement là, toute la journée.
– Julien vient de m’annoncer que vous avez perdu votre mari, dernièrement, lui dit Gabrielle.
– Oui,    hélas !    C’est    extrêmement    douloureux quand  cela  vous  tombe  dessus  et  que  vous  vous retrouvez  seule, du jour au lendemain. Nous étions mariés depuis 43 ans. Enfin, c’est la vie.
 
Elle laisse perler une petite larme, l’essuie avec son mouchoir, puis continue :

– Et  vous,  depuis  combien  de  temps  êtes-vous mariés ?
– Nous,  depuis  42ans.  Vous  vous  étiez  donc mariés avant nous ? lui répond Gabrielle.
– Oui, nous nous sommes mariés dans le Sud, et là-bas, au  début, je n’avais plus de nouvelle d’ici. C’est bien  dommage,  parce que si je l’avais su, je serais venue pour  assister aux  cérémonies, je vous aurais  félicités,  et  j’en   aurais  profité  pour  vous montrer ma fille.
– Ne t’en fais pas pour cela, tu es toute excusée, répond Julien.

Elle ouvre la porte puis, en se retournant, dit :

– Je  vous  laisse  et  je  vous  souhaite  encore  un excellent séjour dans nos murs. Au revoir madame, au revoir Julien.
– Au revoir madame.
– Au revoir, Mireille.

La porte se referme

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