TABLE DES MATIERES
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(Cliquer sur le titre choisi)

1. A bicyclette
2. Au bord de l'eau
3. Avant
4. Basile va à l'expo
5. Bonne fête papa
6. C'est sur le banc
7. Claire et ses copains
8. Conseil tenu par les rats
9. Erreur ou trahison ?
10. Je rêve
11. La boulangère
12. La caissière
13. La carte postale
14. La championne
15. La chance
16. La chanteuse
17. La chaussée
18. La cloche
19. La colère
20. La commerçante
21. La complainte d'un agriculteur
22. La curiosité
23. La déclaration des revenus
24. La destinée
25. La digue
26. La faille
27. La femme
28. La fête des mères
29. La fin de l'année
30. La flûte
31. La folle
32. La fonctionnaire
33. La jeunesse
34. La lettre à mon beau-père
35. La ligne éphémère
36. La mamie et le gâteau
37. La maraude
38. La miss
39. La moqueuse
40. La moto
41. La mouche et le poète
42. La neige
43. La nouvelle fête
44. La numérotation
45. La pensée
46. La pervenche
47. La pleurnicheuse
48. La recherche d'un travail
49. La reine du porno
50. La retraitée
51. La sauvageonne
52. La secrétaire et les copains
53. La super nana
54. La télévision
55. La terrasse
56. La tigresse
57. La vie
58. La vieille dame et sa monnaie
59. La voiture
60. L'achat d'une voiture
61. L'aigle du moulin
62. L'ambulance
63. L'Américaine
64. L'amour......des cartes
65. l'appareil photo
66. L'augmentation
67. L'autel
68. L'avenir
69. Le balayeur et sa patronne
70. Le banc
71. Le banquet
72. Le bar
73. Le bébé
74. Le billet de banque
75. Le blé
76. Le cadeau
77. Le calendrier
78. Le candidat
79. Le caniveau de la honte
80. Le chômeur
81. Le cirque
82. Le client
83. Le coq
84. Le crâneur
85. Le dé
86. Le diffuseur de presse
87. Le gendarme et le klaxon
88. Le hamac
89. Le locataire
90. Le maire et le cafetier
91. Le mariage
92. Le massage
93. Le meunier et les pigeons
94. Le nouvel an
95. Le pécheur
96. Le percepteur
97. Le pigeon boiteux
98. Le poisson d'avril
99. Le postérieur
100. Le premier mai
101. Le reportage
102. Le retard
103. Le roi mage
104. Le routard et la moto
105. Le sandwich
106. Le sourire
107. Le téléphone
108. Le temps
109. Le tire-bouchon
110. Le train
111. Le trottoir
112. Le vendredi 13
113. Le vent
114. Le virus
115. L'emmerdeur
116. L'enfant
117. Les amoureux
118. Les faux culs
119. Les jardins de l'amour
120. Les jumelles
121. Les pêcheurs et le meunier
122. Les tartelettes
123. Les tortues
124. Les vacances
125. Les vieux mariés
126. Les voleurs de cerises
127. L'étranger
128. L'homme
129. L'homme qui se plaint au ciel
130. L'incendie
131. Loïs et les hirondelles
132. L'ordinateur
133. L'organisateur
134. Lucette
135. Ma vie de roue
136. Mamie Nicole et le permis
137. Marinette s'est libérée
138. Mon petit trésor adoré
139. Ordre de mission
140. Petite claire
141. Pourquoi ?
142. Sa première colonie
143. Sa première sortie
144. Son premier vélo
145. Ta cigarette
146. Ta liberté
147. Taissy
148. Tes seins
149. Ton zizi
150. Un village condamné

             
                                   


  1

A BICYCLETTE


Au départ, à l’aube, il fait beau,
le soleil n’est pas encore chaud.
On entend la chanson des oiseaux
qui nous regardent passer d’en haut.
Sur le plat, ça roule toujours bien,
on a très vite fait du chemin.

Dans les côtes, c’est moins rigolo,
mais on doit ramener le vélo.
Sur les pédales, pour avancer,
il faut très fortement appuyer
et la sueur coule sur la peau,
avant de prendre un peu de repos.

Une heure d’arrêt pour le dîner
et nous voilà vite requinqués,
de nouveau prêts à ré-enfourcher
la bicyclette pour terminer
cet itinéraire bien tracé
pour pédaler toute la journée.

A l’arrivée, aucun spectateur,
nous ne sommes que des amateurs
qui ne pensent qu’à s’oxygéner.
Rapidement, nous allons rentrer,
les vélos vont être nettoyés,
et la journée sera terminée.


 
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2


AU BORD DE L'EAU


Le murmure d’un clocher voisin
me réveille souvent le matin.
Le soleil est déjà souverain,
il est grand temps d’aller prendre un bain.

Très vite avec mon petit chapeau
je gambade jusqu’au vieux bateau.
Je plonge toujours près des roseaux
et ressors très vite de cette eau.

Assise sur le bord de l’îlot,
assez loin de tous ces rigolos
qui ne pensent qu’à voir mes lolos,
j’observe le mouvement des flots.

Quand le soleil atteint le bouleau,
toute nue pour me bronzer la peau,
je m’allonge sur l’ancien radeau
charmée par le doux chant des oiseaux.


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3


AVANT

                                                         

Quand son repas était complet,
rassasié le brochet dormait.
Pour nourrir sa progéniture,
le lion courait dans la nature.
Dès que le soleil se levait,
l’abeille aussitôt butinait.
Au printemps les graines germaient,
à leur allure elles poussaient.
L’homme vivait au naturel,
sa vie était dure mais belle.

Cet animal évolué,
d’une intelligence douée,
pour ne pas trop se fatiguer,
ne cessait pas d’améliorer.
Mais un jour tout a basculé,
son cerveau a dû se fêler.

La société fût dépassée,
le tout pour moi l’a remplacée.
On ne pensait plus qu’à gagner
un maximum pour entasser
des sommes inutilisées,
au détriment d’autres ruinés.

Des malheureux devaient mendier,
on ne voulait plus embaucher.
Les travailleurs étaient brimés,
ce slogan était répété :
« Bossez et rentabilisez,
sinon vous serez éjectés ».

La nature fût sacrifiée,
les destructeurs étaient aidés,
ses docteurs toujours ignorés,
le gain en Roi devait primer.
Le silicium était dressé,
mais les hommes très opprimés.
Fini les remarques sensées
et cette vie en liberté.
Le cerveau était condamné,
il ne devait plus fonctionner.

Puis un jour tout a éclaté,
la machine a dû se bloquer,
un cataclysme est arrivé,
l’univers fût bouleversé.
Sur cette planète vidée,
plus d’homme ni de société,
les surdoués se sont tués.
La nature s’est relevée.


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4

BASILE VA A L'EXPO


Pour essayer de se moderniser
Basile s’était un jour décidé
à partir, en voyage organisé,
visiter une expo très renommée.

Célibataire peu évolué,
n’étant jamais sorti de sa contrée,
il fut bien surpris et dépaysé
en descendant du bus, à l’arrivée.

Curieux, timide, du genre paumé,
il se fit assez vite distancer.
Dans la rue, une belle inoccupée
flairant le pigeon, s'offre de l’aider.

Sans avoir eu le temps de réagir,
notre quidam se trouva entraîné
dans une pièce très mal éclairée,
où lentement il dut se dévêtir.

Découvertes et grandes nouveautés
pour lui, l’ont rapidement débourré,
et quand l’addition lui fut présentée,
en grand seigneur, un chèque il a donné.

Cette expérience l’avait perturbé.
Les nouveaux francs trop loin de ses pensées,
les cinquante mille francs demandés
ont scrupuleusement été notés.

Au retour, les copains l’ont fort chambré.
Il s’est vanté d’avoir tout visité.
Mais quand le relevé est arrivé,
il comprit enfin qu’il avait gaffé.
A Paris, il n’est jamais retourné.

 
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5

BONNE FETE PAPA

Un mot simple à dire quand on est un enfant,
plus difficile à exprimer en grandissant,
un mot si petit que l’on oublie trop souvent,
mais qui ne coûte rien et en dit tellement.
Aujourd’hui, pour cette fête je le redis :

Merci !

Pour cette naissance que tu as élevée,
pour tous ces petits câlins donnés sans compter,
pour ces nombreux soins qui m’ont été prodigués,
pour cette éducation qui me fait travailler,
pour tous ces beaux moments magiques adorés,
pour toutes ces bêtises sitôt oubliées,
pour toutes ces souffrances d’un mot effacées,
pour tous ces instants de rire fou partagés,
pour cette complicité toujours respectée,

Merci !

Merci pour m’avoir donné cette belle vie !

 
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6

C'EST SUR LE BANC


C’est sur le banc d’un vieux café,
que leurs yeux se sont croisés,
la belle l’admirait et lui la désirait.

C’est en partant pour l’inviter,
qu’il s’est enfin décidé,
à lui demander un jour de l’épouser.

Plein d’amour il lui a dit :
« Me veux-tu pour mari »,
elle a accepté et ses yeux ont brillé.

C’est en passant devant l’curé,
qu’ils se sont un jour mariés,
tous les contemplaient et beaucoup les enviaient.

C’est sur le banc d’un vieux café,
que leurs yeux se sont croisés,
la belle l’admirait et lui la désirait.

L’amour c’est bien mais faut gagner,
de l’argent pour élever,
ses enfants dans le foyer qu’on a su créer.

C’est pourquoi ils sont partis,
très loin de leur pays,
pour aller trouver là-bas ce qu’ils cherchaient.

Une occasion s’est présentée,
ils ont su vite engranger,
un peu de bien pour choyer leurs nouveaux bébés.

C’est sur le banc d’un vieux café,
que leurs yeux se sont croisés,
la belle l’admirait et lui la désirait.
C’est pour pouvoir bien les lancer,
qu’ils les ont tous envoyés,
dans de hautes écoles très bien renommées.

Enfin grands ils sont partis,
à leur tour dans la vie,
pour créer tout ce qu’ils ont envisagé.

C’est sur le banc d’un vieux café,
que leurs yeux s’étaient croisés,
depuis des heureux ils espèrent bien avoir fait.



(avec la musique :the snowy breasted pearl)



 
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7

CLAIRE ET SES COPAINS


Depuis longtemps elle sortait
dans une belle Chevrolet,
en compagnie de deux copains
et tous trois s’entendaient fort bien.

Chaque week-end ils s’en allaient
à la fête dans les villages,
où très souvent ils se pintaient
avec les jeunes de leur âge.

Ils étaient toujours bien rentrés
car la fille qui ne buvait,
assez douée pour piloter,
après le bal, les ramenait.

Mais un jour elle fut draguée
par un jeune homme très sérieux
qui n’avalait pas autant qu’eux
et avec lui s’est éclipsée.

Bien que complètement bourrés,
vexés et fortement jaloux,
en démarrant comme des fous,
les garçons voulurent rentrer.

L’imprudence les a tués
car leur véhicule est tombé
dans un ravin, puis a brûlé.
Tout le monde les a pleurés.

Claire et Claude se sont mariés,
ils ont toujours vécu heureux,
car jamais ils n’ont abusé
de ce breuvage dangereux.

 
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8

CONSEIL TENU PAR DES RATS


Un maire surnommé « Demi-lent »
ne cessait d’utiliser l’argent
pour entretenir l’accès aux champs
de tous les partisans de son camp.

Dans cette commune, seuls payaient
quelques commerçants qui se plaignaient
d’être trop fortement imposés.
Tout le reste était exonéré.

Un jour les canalisations d’eau,
enterrées à peine comme il faut,
furent gelées et détériorées.
Du provisoire fut installé.

Maints conseils furent organisés,
tous les rats ont très fort palabré
mais aucun n’a voulu débourser.
Au fil tu temps tout s’est dégradé.

La taxe à l’hectare cultivé
avait tout de même été votée,
mais quand il a fallu l’appliquer
le dépensier sut bien l’ignorer.

Plusieurs années sont vite passées,
les magasins n’ont pu que fermer,
le village en ruine s’est vidé,
mais les rats sont là pour cultiver.

 
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9

ERREUR OU TRAHISON ?


Dans une usine ils travaillaient,
de la soude elle fabriquait,
fort bien payés tous ils étaient,
jamais la grève ils ne faisaient.

Mai soixante huit est arrivé.
L’usine était alimentée,
heureux, ils pouvaient travailler.
Ils étaient des privilégiés.

Mais les livraisons ont cessé,
tous les clients étant fermés.
Les silos allaient déborder,
il ne restait plus qu’à chômer.

Le grand patron s’est déplacé,
le syndicat l’a rencontré.
De l’entrevue rien n’a filtré,
l’ordre de grève fut lancé.

La production s’est arrêtée,
pas de problème pour stocker.
Trois semaines se sont passées,
les ouvriers n’ont rien touché.

Lorsqu’une usine doit chômer,
l’ouvrier est indemnisé.
Ces meneurs l’ont-ils oubliés
ou se sont-ils fait monnayer?

 
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10

JE REVE


Je rêve d’être par toi réveillé
avec cette voix suave, très claire,
qui a su souvent me persuader,
lorsque nous étions un peu moins âgés,
d’aller promener dans une clairière
pour prendre l’air, et parfois chavirer.

Je rêve aussi d’être un mari gâté
et de te voir, sous un léger satin,
m'offrir ce que j'adore le matin,
chaud, et admirablement bien doré.

Je rêve, mais la dure vérité
est que tu me fais toujours sursauter,
sans m’apporter ce dont j’avais rêvé :
un café et deux tartines beurrées.

 
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11

LA BOULANGERE


Quelques heures après son mari,
très tôt, tous les matins, elle aussi
a commencé son travail pardi !

Une fois le pain du four sorti,
dans l’auto il a été remis
et rapidement elle est partie
en affrontant les intempéries.

Tout est encore chaud, non rassis :
les croissants, les tartes au cassis,
les baguettes et les pains aussi.

Les clients sont très vite servis
à leur domicile sans soucis,
en échange de petits Louis.

Elle rentre, quand tout est fini,
pour aller remplacer son mari
qui va enfin terminer sa nuit.
Dure journée pour gagner sa vie.

 
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12

LA CAISSIERE


Aujourd’hui, pour être embauchée
caissière d’un supermarché,
tu dois être fort éduquée.
Le travail paraît séduisant,
très simple et pas trop salissant.

Il suffit de faire passer
devant un scanner performant
ce qui a été amené,
puis posé sur tapis roulant
par un client toujours pressé.

Quand tout a été relevé,
gentiment tu vas demander
à cet acheteur de régler.
Tu ne seras pas très payée,
tu te feras réprimander
et si un jour tu t’es trompée,
tu seras vite renvoyée.

 
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13

LA CARTE POSTALE


Il est beau ce ciel dégagé
dans cette ambiance illuminée.
Elle est belle cette dentelle
qui vole avec légèreté.
Que fait donc cette demoiselle
qui montre, sans trop se soucier,
qu’elle a ce matin oublié
d’ajouter un petit fripon
sur son arrière train mignon,
pour un peu le dissimuler ?

C’est vrai que cela fait rêver,
c’est sûr que j’aimerais trouver
cet endroit fort bien fréquenté,
juste pour aller admirer
toute cette frivolité
dont les citadins sont blasés,
mais je ne pourrais supporter
leur atmosphère polluée,
ni tous ces gens surexcités
qui courent toute la journée.

Ici, j’ai ma tranquillité,
le calme et de l’air non vicié,
mais je peux aussi regarder
et palper sans être giflé
des belles fesses potelées
qui tous les jours sont exhibées
sans aucune arrière pensée,
par mon troupeau de bovidés.

 
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14

LA CHAMPIONNE


Par une belle journée d’été,
même légèrement habillée,
tu sentais fort bien dégouliner
de nombreuses perles d’eau salée
sur le front et le bout de ton nez.

Courageuse, tu as résisté.
A la dernière difficulté
tes dents s’étaient très vite serrées
et ton visage bien coloré
d’un rouge fortement violacé.

Comme tu t’es beaucoup dépensée,
tes beaux yeux se sont un peu gonflés
et quelques larmes ont ruisselé
lorsque ton compagnon adoré
t’a retrouvée et félicitée.

L’épreuve est maintenant terminée,
les vestiaires, tu vas regagner
pour te doucher et te pomponner.
Tu reviendras pour être acclamée
sur le podium, puis récompensée.

 
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15

LA CHANCE


En arrivant sur cette terre,
si la nature t’a dotée
d’un physique très recherché,
d’une intelligence élevée
et d’une bourse fort gonflée,
ta chance est extraordinaire.

Mais il ne faut pas trop rêver,
tu vas quand même être obligée,
comme les autres moins gâtées,
de suivre la route tracée
avant d’espérer profiter
de la veine qui t’est donnée.

A l’école tu vas aller
avec un professeur privé
suivre des cours de haut degré.
Puis il va falloir te marier.
Tu vas vite être courtisée,
mais tes parents vont s’en charger.

Un jour tu vas bien sûr penser
que tu n’as pas pu t’amuser.
C’est sans doute la vérité,
mais le choix n’est jamais donné,
sur terre tu peux arriver
chanceuse ou moins favorisée.

 
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16

LA CHANTEUSE


Avant de monter sur la scène,
face au public et halogènes,
pour le séduire et lui chanter
d’une voix très claire et perlée
toutes ses chansons qui vont plaire,
elle doit respecter l’horaire
avec repos fort limité.

Sa journée est bien programmée :
les radios et télévisions
utiles pour la promotion,
les studios et les photographes,
les fans clubs et les autographes,
les heures de répétition,
précèdent son exhibition.

Mais tout sera vite oublié
quand le rideau va se lever,
car elle sera acclamée
par son public fanatisé.

 
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17

LA CHAUSSEE


Inutile de la chercher,
à pieds, à cycle ou carrossé,
à chaque instant que vous sortez,
c’est elle que vous empruntez.

En terre empierrée ou en tare,
même si vous la dégradez,
elle ne fait jamais d’histoire
lorsque sur elle vous roulez.

Mais si un jour vous dérapez
en allant tout droit au fossé,
vous allez hélas regretter
de l’avoir trop vite quittée.

 
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18

LA CLOCHE


Suspendue  à un gros mouton,
je ne peux donner qu’un seul son.
Mon cerveau est bien couronné
et énergiquement fixé.
Tout mon corps est très balancé
quand ma demi-roue est tirée,
pour que cet étrange battant
frappe ma pince en basculant.

Je suis rarement fille unique,
car pour une bonne musique,
mes sœurs vont aussi s’agiter
dès qu’ il faudra carillonner.
Mais elles vont se reposer
lorsque le glas, je dois sonner.
Nous sommes de fausses jumelles,
fort bronzées, décorées et belles.

Si nous avons été coulées
par un fondeur spécialisé,
ce n’est pas pour être admirées,
mais pour être très haut perchées
le plus souvent dans un clocher,
pour nous permettre d’annoncer
aux habitants de la contrée,
que quelque chose est arrivé.

 
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19

LA COLERE


En voyant une demoiselle,
surtout ne va pas la charrier
sur son allure ou sa beauté,
car aucune de ces donzelles
n’apprécie d’être comparée
à un boudin un peu serré.

Si tu ne suis pas ce conseil,
ça va sûrement l’irriter.
Avec des yeux exorbités,
sa bouche va vociférer
des insultes bien gratinées
que tu n’es pas prêt d’oublier.

Ne dis jamais la vérité
même si tu veux plaisanter,
il vaut mieux la complimenter,
cela la fera rigoler,
sans mal tu pourras l’approcher
pour très vite la courtiser.

 
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20

LA COMMERCANTE


Tu veux devenir commerçante,
ou même simple remplaçante,
il faudra être souriante
et accepter les réprimandes.
Le jour où tu es mal lunée
ou simplement fort fatiguée,
tout le monde doit l’ignorer.

Mignonne, gentille à croquer,
s’il t’arrive de te tromper,
le client saura oublier.
Mais si tu n’es pas très aimée,
il viendra vite répéter
ce qui vient de lui arriver
et tu te feras bien gronder.

Le repos, il faut l’oublier,
l’horaire, toujours respecter,
les grincheux, savoir supporter,
c’est un dur travail mal payé,
mais on ne veut pas le quitter,
car il permet de côtoyer
des personnages très variés.

 
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21

LA COMPLAINTE D'UN AGRICULTEUR


Parce que mon père avait passé
toute sa longue vie à trimer,
le choix ne m’a pas été donné.
J’ai dû également me lancer
dans ce métier assez mal payé,
je ne cesse de le regretter.

Je suis un gros défavorisé.
L’Etat ne nous aide pas assez,
l’ONIC est toujours trop tard versée,
la jachère est faite pour ruiner
les courageux et les écœurés
qui comme moi doivent se crever.

Avec ce temps qu’on ne peut régler
et les saisons très mal programmées,
moi je suis chaque année obligé,
quand tous les autres se font bronzer,
de supporter l’air conditionné
de cette moissonneuse damnée.

Parfois je dois aussi me priver
du seul plaisir qui m’est réservé,
car à la place d’aller chasser,
il faut bien quelquefois surveiller
ces ouvriers grassement payés
qui ne pensent qu’à se reposer.

Sans ce quatre-quatre aménagé,
jamais je n’aurais pu circuler
sur ces hectares qu’on m’a donnés,
sans avoir en plus les reins brisés.

Heureusement je suis secondé
par mon épouse que j’ai dressée.
Elle tient la comptabilité
et accepte de me remplacer
si je me suis un peu attardé
en après chasse ou en assemblée.

Mais pourquoi ai-je donc hérité
de ce métier qu’on ne peut quitter !

 
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22

LA CURIOSITE


C’est une grande qualité
uniquement bien féminine.
La femme qui part pour chercher
une paire de ballerines
commence par aller lécher
en ville toutes les vitrines,
puis va tout faire déballer
pour souvent ne rien acheter.
C’est une très grande gamine.

L’homme qui est toujours pressé
n’aime jamais quand ça lambine.
Quand il doit aller acheter
quelques cadeaux pour sa copine,
il se contente d’envoyer,
avec sa petite berline,
sa secrétaire fort charmée
de revenir les bras chargés.
Mais c’est le début de la ruine.

 
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23

LA DECLARATION DES REVENUS


Tous les ans il faut savoir
qu’on ne doit pas déclarer
tout ce que l’on espérait,
en travaillant, recevoir,
mais seulement indiquer
ce qui a été versé
en échange d’une année
consacrée à travailler.

Il ne faut rien oublier,
se préparer à régler,
car il va falloir payer
des impôts en fin d’année,
sauf si vous avez triché,
mais ce n’est pas conseillé
car le fisc va contrôler
et vous vous ferez pincer !

 
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24

LA DESTINEE


Un auto-stoppeur avançait,
son pouce en l’air, il balançait.
Le courageux marcheur suait,
mais personne ne s’arrêtait.
Au volant d’une Ferrari,
avec portefeuille garni
dans un sac en peau de mouton,
une femme roulait à fond.
Sans hésiter, elle arrêta
et aussitôt l’homme monta.

Après avoir un peu roulé,
le bolide vint stationner
près d’un restaurant renommé
et un repas fut commandé.
A la table de la « pépée »,
tous les mets bien sélectionnés
furent lentement dégustés
et l’ensemble fort arrosé.

L’heureux stoppeur de son côté
pendant trois heures dut garder,
sous un soleil à tout griller,
ce véhicule convoité.
Rassasiée, elle a démarré
laissant sciemment sur le pavé
celui qui était là resté,
fidèle à la mission donnée.

Une serveuse ayant tout vu,
par ce geste fut très émue.
Sa deux chevaux est arrivée,
puis lentement l’a emmené.
La « deudeush » a longtemps roulé,
le voyage s’est bien passé,
mais la fille n’est pas rentrée,
car là-bas, il l’a épousée.

 
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25

LA DIGUE


Le petit village où je suis né
appartenait en totalité
à une usine bien renommée
où les habitants sont employés.

Dans celle-ci on y fabriquait,
grâce à d’énormes fours qui tournaient,
des milliers de tonnes de poudre
appelée carbonate de soude.

Dans des bassins elle rejetait
tous les résidus qui décantaient,
pour que l’eau très lentement filtrée,
dans la rivière soit rejetée.

Un matin, sans avoir prévenu,
une énorme digue s’est rompue,
laissant échapper la retenue
de cette boue blanche qui pollue.

Sans filtrage il fallait arrêter.
La production fut vite minimisée
en attendant de pouvoir créer
un nouveau bassin pour déverser.

Les fours ne pouvant être arrêtés,
la catastrophe était assurée
si l’on ne pouvait évacuer
rapidement les impuretés.

Dans un élan de bénévolat,
tout le personnel participa
à l’indispensable construction
de ce bassin de décantation.

Toutes ces longues journées, données
à l’usine pour diminuer
cette inactivité imposée,
furent d’une grande utilité.

L’esprit d’équipe a bien fonctionné,
les volontaires n’ont pas manqué,
la pollution s’est vite estompée
et l’usine a été relancée.

Personne n’a parlé de chômer,
tout le personnel s’est dévoué,
bosser était la priorité.
Elle est loin cette mentalité !

 
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26

LA FAILLE


Il est un homme ultra parfait
dont toutes les femmes voudraient,
un exceptionnel surdoué
capable de tout déchiffrer,
deviner, comprendre et créer,
que rien n’a jamais arrêté.

Son corps est fortement bronzé
et ses muscles peuvent tripler
quand il désire vous montrer
que sa force est illimitée.
Il détruit ou peut bousculer
ceux qui l’empêchent d’avancer.

Hélas, il est « maléficié »,
car même en étant fort gâté,
adoré, envié, acclamé,
il ne pourra jamais aimer:
le contact d’une femme nue
le transforme en une tortue.

 
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27

LA FEMME


La nature fort capricieuse
a très souvent doté la femme
d’un esprit un peu malicieux
pour rendre les hommes envieux.

Elle est douée pour s’habiller
de façon à être admirée,
lors d’une sortie en soirée,
ou dans un entretien privé.

Mais ses reliefs mis en valeur
et tout ce qui reste caché
ne vous seront pas dévoilés
si elle n’a pas succombé
à vos grands talents de charmeur.

 
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28

LA FETE DES MERES


C’est l’arrivée de son enfant,
accourant joyeux et ravi,
qui vient l’embrasser en disant :
« Bonne Fête Maman Chérie ».
Ces mots pourtant simples, très fort
bouleversent vite son corps.

Plus grand il fera des colliers,
ou portera quelques bouquets.
Même sans aucune valeur,
ces présents feront le bonheur
de la maman qui fait honneur
à celui qui montre son cœur.

Malgré son âge il reviendra
et chaque année il sera là,
car il ne pourra oublier
que s’il est heureux sur la terre,
c’est grâce au cœur de cette mère
qui s’est trop souvent sacrifiée.

 
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29

LA FIN DE L'ANNEE


Comme tous les ans, sans l’appeler,
pour nous apporter de la gaîté,
le Père Noël doit arriver
pendant les fêtes de fin d’année.

Les enfants sont déjà excités,
les cheminées sont bien ramonées,
les rues entièrement balayées,
mais tous les parcmètres sont restés.

Les vitrines des grands magasins,
mises en valeur et décorées,
sont toutes gardées par des sapins
enneigés et fort illuminés.

En bousculades improvisées,
les porte-monnaie seront vidés,
la circulation paralysée
et les enfants de nouveau gâtés.

Dès que le nouvel an est passé,
les décors sont vite retirés
et le matériel entreposé.
C’est maintenant la nouvelle année.

 
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30

LA FLUTE

Lorsqu’on me pose sur la table
à proximité de l’assiette,
je porte haut la serviette
d’une façon irréprochable.

Je suis beaucoup plus présentable
sous forme de verre élancé,
que mes petits voisins minables
qui ont oublié de pousser.

Le seul breuvage respectable
qui m’est fort souvent réservé,
d’une façon imperturbable,
vient doucement me cajoler.

Vous me trouvez toujours vidée
quand le repas est terminé,
car mon contenu apprécié
est bu, mais n’est pas oublié.

 
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31

LA FOLLE

Dans la vaste chambre à coucher
où elle adorait tout jeter,
le bazar en maître régnait.
Fort jeune elle avait épousé
un de ces nobles courtisés.
Ce mari toujours ordonné,
maniaque et très bien éduqué,
n’arrivait pas à supporter
désordre, ni laisser aller.
Cette insouciance l’énervait.

Comme elle n’aimait pas ranger,
au début, il venait l’aider.
Son geste n’ayant rien changé,
il avait vite abandonné.
Leur idylle n’a pas duré
car jamais elle n’a cédé.
Il a préféré s’éloigner,
elle a gardé sa liberté.

Dans la maison qu’il a laissée,
la négligence est conservée,
mais la rente qu’elle a touchée
est suffisante pour payer
une bonne qui vient ranger,
sans jamais la réprimander.

C’est sûr, d’autres l’ont courtisée,
mais aucun ne s’est accroché.
Le stratagème était rodé :
pour vite le décourager,
la servante si dévouée,
devant l’ami, était virée.
La donzelle restait couchée
et le monsieur devait trimer.

Ces hommes n’ont pas supporté
son indolence recherchée.
Ce défaut dont elle est dotée
l’a rendue riche et libérée,
mais maintenant très évitée
car comme folle elle est montrée.

 
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32

LA FONCTIONNAIRE

Un adorable petit chat
ne cessait de nous apporter
des souris toute la journée.
Ce bâtard un peu angora
avait un jour été trouvé
par mon amie assez douée.

Malgré tous ses certificats,
diplômes d’université
et les nombreux concours passés,
elle vendait un quinquina
pendant de fort longues journées
et rentrait bien souvent vannée.

Aussitôt après le repas,
elle continuait à trimer
jusque très tard dans la soirée.

Un jour, heureuse elle annonça :
« un copain m’a bien pistonnée,
je vais pouvoir me reposer ».
Dans un bureau du rectorat,
elle est maintenant employée
et a retrouvé sa santé.

Elle ne dessert plus les plats,
la télé est vite allumée,
et c’est moi qui dois nettoyer.
Minet trop gâté reste là,
je dois aussi lui déverser
des boites de repas dosé.

Au diable ce fonctionnariat !
car j’ai perdu a dévouée,
un griffon qui aimait chasser,
pour ne plus entendre ici bas,
de ces êtres favorisés,
que rouspétances déplacées.

 
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33

LA JEUNESSSE


Une peau peu déshydratée,
aucune ride n’est marquée,
une allure très dynamique,
un corps admirable et tonique,
de l’énergie et pas de graisse,
vous conservez votre jeunesse.

Tout cela vous le recherchez,
vos rondeurs vous les protégez
en gardant une activité
à vos muscles bien tonifiés,
vous mangez juste équilibré
et toujours de l’eau vous buvez.

Vous refusez les sports violents
et redressez le dos souvent,
vous fuyez le soleil brûlant
et évitez le fort grand vent,
vous serez admirée longtemps
mais n’aurez jamais plus vingt ans !

 
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34


LA LETTRE A MON BEAU-PERE


Puisque le facteur daigne passer,
je vais enfin pouvoir envoyer
mes quelques lignes pour signifier
à l'ancien qu'il n'est pas oublié.

Mais que puis-je écrire à mon beau-père?
mots pervers pour esprit de travers,
entretenir son humour de sage,
ou poursuivre notre badinage?

Une carte et des mots bien trouvés,
certaines expressions imagées,
plusieurs pics assez bien dilués,
voilà la discussion engagée.

Je le devine en train de chercher
une riposte fort acérée,
réfléchissant pour mieux se plonger
sur des blagues qu'il va me lancer.

Le clavier va encore fumer,
il s'amusera à pianoter,
de grandes soirées vont y passer,
j'adore, … il sera occupé!

 
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35

LA LIGNE EPHEMERE


Toutes les semaines, j’emprunte un long chemin
qui me conduit de ma demeure au magasin.
Ce long ruban sinueux et non balisé
est le dernier moyen de transport conservé.
Par tous les temps, soir et matin, depuis six ans
je fixe ses bords non marqués, c’est fatigant !

Une étroite ligne blanche discontinue
un mercredi sur sa surface est apparue.
Ouf ! , cet accessoire permet de retrouver
l’axe de cette utile et maudite chaussée
qui fatigue abusivement mes yeux âgés.

A mon grand étonnement, le mardi suivant,
cette route est coupée par des panneaux devant.
Quinze jours plus tard, voici la réouverture,
la chaussée a une nouvelle couverture.
Du tare noir a partout été étalé,
mais la belle ligne blanche a été cachée.

Travaux mal ordonnés, le fil blanc m’a quitté.
Dans six ans, je serai sans doute retraité,
mais d’autres auront cette chance inespérée
d’apprécier quelques jours cette ligne tracée
au détriment du contribuable attristé.

 
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36

LA MAMIE ET LE GATEAU


Mamie décidée à faire un gâteau
dépose, un à un, sur un plateau,
les ingrédients qu'elle va mélanger
après les avoir pesés et dosés.

Son chat sur un beau couffin ronronne
quand, à la porte d'entrée, on sonne.
C'est le facteur qui vient lui apporter
les missives qui lui sont destinées.

Les dernières nouvelles sont données
en échange d'un petit vin rosé,
car c'est le seul moment de la journée
où mamie voit un être pour parler.

Alors que la conversation dure,
le petit griffon, à toute allure,
fait un bon sur la table pour chercher
ce qu'il pourrait très vite dérober.

Une bouteille de lait fort pleine
se montre face à lui, quelle aubaine!
Par instinct ou parce qu'il est doué,
le grand litre bien blanc est bousculé.

Pendant que cette boisson est lapée,
le liquide rosé est fort versé
dans la petite pièce d'à côté
où l'horloge ne cesse de compter.

Le préposé enfin s'en est allé
et la mamie revient pour pâtisser.
Le contenant du lait est bien vidé
et notre hypocrite s'est recouché.

Fautive, elle ne l'a pas grondé,
elle s'est contentée de tout ranger.
De son gâteau, elle sera privée,
qu'importe, il reste un peu de rosé!

 
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37

LA MARAUDE


Une petite boule bien ronde,
rouge mais quelquefois aussi blonde,
suspendue seule ou souvent par deux
au bout d’une fine et longue queue,
se balance pour narguer nos yeux.

Avant que ces fruits ne soient tombés,
si tu désires les déguster
sans être obligé de les payer,
à la rapine tu peux aller,
mais ce n’est pas du tout conseillé !

Avec prudence, tu vas grimper
dans les branches, puis les décrocher
et rapidement les avaler.
N’oublie jamais de rejeter
le noyau qu’il ne faut pas manger.

Lorsque tu seras bien rassasié,
il te faudra aussitôt trouver
une source pour te nettoyer,
car tu serais vite repéré
avec une bouche barbouillée.

Si les cerises t’ont régalé
et que personne ne t’a pincé,
tu peux de nouveau recommencer,
mais jamais dans le même verger,
car tu pourrais te faire plomber.

 
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38

LA MISS


Le grand jour est enfin arrivé,
tout le spectacle est télévisé,
le beau monde a été invité,
il est venu pour les admirer.

Les miss se sont toutes présentées
en tenue de parade bleutée,
souriantes et bien pomponnées,
sur cette scène fort décorée.

La plus belle a été couronnée,
applaudie et très récompensée,
elle sera la miss de l’année
et la gloire lui est assurée.

Cette fille jolie à croquer,
avec ce titre bien mérité,
va très souvent être dérangée,
mais pour elle ce jour est gravé.

 
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39

LA MOQUEUSE


Une petite jeunette blessée,
sur un lit d'hôpital était aidée
par belle-maman qui avait laissé
pour plusieurs jours son mari adoré.

Ayant l'habitude de le narguer,
elle s'appliqua à lui griffonner
ce poème pensant accentuer
l'attente du beau-père désœuvré.

"Oh! Gene, ma chère et tendre épouse,
pourquoi m'as-tu laissé dans la bouse,
ne pouvais-tu rester dans notre nid?
Plus rien n'est pareil, j'ai froid dans mon lit.

Les placards sont vides, plus de vaisselle,
je ne sais pas où est l'eau de Javel,
j'attends ton retour avec impatience,
pour enfin m'habiller avec décence.

Reviens-moi vite et quitte cette bru
à la critique facile et tordue,
avec une langue bien trop pendue
qui vocifère des mots incongrus."

Lorsqu'il a lu ce courrier mal écrit,
sans retenue le grand-père a fort ri.
Il ne s'était pas du tout inquiété,
chez sa fille, il s'était incrusté.

Il n'allait quand même pas commencer
à réapprendre à faire ces corvées!
Une bonne âme était là pour l'aider,
le grand-papy a su en profiter.

 
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40

LA MOTO


C’est un engin bien rigolo
qui exige : habileté,
robustesse plus volonté,
mais qui peut faire des bobos.

Si avant de s’être arrêtée
elle t’a parfois expédié,
il vaut mieux ne pas insister,
cesse de vouloir la dompter.

Tu devrais plutôt essayer
de trouver pour te transporter,
une belle qui sait monter
et qui n’a pas de fiancé.

Vous rouleriez en sûreté :
elle devant, toi passager,
mais interdit de peloter
quand vous roulez tous deux collés,
sinon la chute est assurée.

Quand la moto est arrêtée,
rien n’empêche d’en profiter,
car le danger est écarté.
C’est le moyen de culbuter
sans tomber et sans se blesser.

 
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41


LA MOUCHE ET LE POETE


Tranquille dans son beau bureau vitré
le poète alignait ses vers rythmés.
Une grande inspiration l’animait,
le sujet du poème lui plaisait.

Il était sur le point de terminer
quand une énorme mouche est arrivée.
Cet insecte répugnant bourdonnait
dans un vol zigzaguant qui l’ennuyait.

En l’absence de sa tranquillité,
son esprit ne pouvait plus versifier.
Il se mit donc à vouloir libérer
cette intruse qui venait le narguer.

La fenêtre fut très vite ouverte,
mais la coquine était une experte.
Elle continuait à tournoyer,
furieuse et cherchant à l’attaquer.

Muni d’une tapette plastifiée,
la chasse à la maudite est commencée.
Avec vigueur, tous les coups sont donnés.
Elle tourne, mais ne veut pas tomber.

Fort fatiguée, elle va se poser
sur une lucarne restée fermée.
A bout de patience, il vient frapper
de toutes ses forces, sans la rater.

Ouf ! De la bête il est débarrassé,
son calme est revenu, il peut bosser.
Mais il devra très bientôt appeler
un vitrier pour le carreau cassé !

Le lendemain cet homme a bien compris
et c’est pour cela qu’il vous l’a transcrit :
qu’il est déconseillé de s’énerver,
car un jour ou l’autre on va le payer.

 
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42

LA NEIGE


Le ciel est gris, le sol est blanc.
Je n’aime pas du tout ce temps.

Impossible de circuler,
les routes sont trop verglacées.

La blanche neige est arrivée,
un samedi, elle est tombée :
c’est bien trop tard pour travailler !

Certains ont été rappelés
mais ne se sont pas déplacés :
leur semaine était terminée !

Deux jours après tout est tassé,
le sel n’a plus d’utilité;
il ne reste plus qu’à glisser !

Ils sont pourtant bien équipés :
camions super sophistiqués :
fini les pelletées salées !

Que manquait-t-il pour déblayer ?
ordres ou plus de fermeté ?

Il est grand temps de nettoyer
pour éviter de retrouver
des contribuables bloqués
plusieurs heures sur la chaussée !

Le ciel est gris, le sol est blanc,
mais où est donc le bon vieux temps ?

 
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43


LA NOUVELLE FETE


Le jour de fête est arrivé,
la tradition est respectée,
quelques forains sont installés,
le village s’est animé.

Sous le grand chapiteau bâché,
les décibels sont déchaînés,
plusieurs couples vont bien danser,
mais on n’y est plus bousculé.

Beaucoup préfèrent s’installer
devant la table et avaler,
ça permet parfois d’oublier,
certains vont même s’écrouler.

Demain, il faudra nettoyer,
la messe sera célébrée,
quelques fidèles iront prier
pour tous ceux qui nous ont quittés.

La fête sera terminée,
les porte-monnaie bien vidés,
mais tous seront fort enchantés
de ces deux jours de liberté.

 
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44

LA NUMEROTATION


Depuis bon nombre d’années,
la Poste avait demandé
que les rues soient repérées
afin de faciliter
la livraison du courrier
par facteur « multipostier ».

Sans en voir l’utilité
et fortement contrariée
parce qu’il fallait payer,
la municipalité
s’est quand même résignée
à faire numéroter.

Son courageux employé,
très doué pour discuter,
mais fort moins pour travailler,
fût chargé de les fixer.
Il arriva chez « Dédé »
avec remorque attelée.

Quelques heures à palabrer,
le voilà enfin perché
sur l’escabeau installé
devant la porte d’entrée.
Les gogos tous rassemblés
étaient là pour l’admirer.
Deux chevilles enfoncées,
le chiffre positionné,
mais pas de vis à tourner,
il les avait oubliées !
Laissant tout sur le pavé
il s’en va les rechercher.

Restés là à regarder
en spectateurs égarés,
à la fin de la journée,
ils ont enfin vu posée
la belle plaque émaillée.

Trente deux sont à monter.
Ils vont tous être occupés
pendant de longues journées !

 
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45

LA PENSEE


L’adorable petite fleur,
qui sait cacher son petit cœur,
étale en couleurs dégradées
ses cinq pétales haut perchés
sur un plan toujours incliné
pour être admirée et humée.

Cette fort belle printanière,
souvent semée en jardinière,
s’expose sous différents tons
formés de magnifiques ronds,
en plate-bande ou sur balcon,
et rend tout cela très mignon.

Mais quand sa vie est terminée,
elle se laisse bien sécher
pour que nous puissions récolter
des centaines de grains courbés
qu’il nous suffira de semer,
pour de nouveau tout décorer.

 
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46


LA PERVENCHE


La veille de la saint Valentin,
je pars en ville de bon matin,
avec mon automobile blanche,
et m’arrête rue de l’Avalanche.
Dans cette voie encore pavée,
mais fastueusement éclairée,
deux véhicules sont arrêtés.
En plein milieu, je me suis garé.

Juste le temps de tout verrouiller
et je pars aussitôt retrouver
ma Primevère qui doit m’attendre
au trente deux de la rue des Cendres.
La donzelle avait dû m’oublier
car plusieurs heures j’ai poireauté
dans l’espoir de la voir arriver,
hélas, elle ne s’est pas pointée.

Déçu, je suis revenu couillon
pour apercevoir un papillon
fort intelligemment déposé
à l’endroit où j’étais stationné.
Furieux, je me suis mis à chercher
celle qui avait dû s’amuser
en glissant cette horreur de chiffon,
dans le but de prendre mon pognon.

Je l’ai trouvée sans difficulté,
elle continuait à poser
ses petits cadeaux empoisonnés.
Nous avons longuement discuté,
mon histoire l’a bien amusée
mais elle n’a pas voulu céder.
Le lendemain j’y suis retourné
et de nouveau je l’ai relancée.

Il n’était plus question de P.V.
Un rendez-vous a été fixé.
Le soir nous nous sommes retrouvés
autour d’une table, éclairée
par de simples bougies allumées.

Primevère s’était bien moquée,
elle m’a laissé sur le pavé,
mais a très vite été remplacée
par ma belle pervenche entêtée
qui a voulu me faire payer.

 
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47

LA PLEURNICHEUSE


C’est vrai qu’Isabelle est très belle,
mais cette fille fort douée
ne cessait de se lamenter
par jérémiades insensées,
pour attirer toujours vers elle
passe-droits et facilités.

Ne pouvant plus la supporter,
son patron l’a remerciée.
Ses collègues ont apprécié
de ne plus devoir tolérer
ce cinéma trop répété
d’une femme sans volonté.

Las de l’entendre pleurnicher,
son compagnon a décampé.
Seule elle s’était retrouvée
et tenta de se supprimer.
La voiture put l’éviter
mais le chauffeur l’a sermonnée.

Un déclic a dû fonctionner
car aujourd’hui c’est reparti.
Elle est heureuse dans la vie
et conseille les complexés
qui n’ont pas encore compris
que tout le monde a ses soucis.

 
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48

LA RECHERCHE D'UN TRAVAIL


Tes études sont terminées,
tu vas écrire pour trouver
un emploi bien rémunéré.
Des lettres, tu vas envoyer
et tu pourras t’impatienter.

Quelques patrons bien élevés
vont dire qu’ils sont désolés,
d’autres vont bien te convoquer
mais ne voudront pas employer
quelqu’un d’inexpérimenté.

Tu vas aussi aller passer
des concours souvent éloignés,
ou être appelé et testé
par un organisme privé
qui va simplement te ficher.

Tes efforts n’auront rien donné,
tu commenceras à douter,
continue, le vent va tourner,
un jour tu seras embauché,
heureux et enfin occupé.

 
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49

LA REINE DU PORNO


Une reine du porno
a toujours de gros lolos,
mais ils ont été gonflés
par silicone implantée.

Même très bien enchaînée,
cette femme est libérée.

Dans le but d’être filmée,
mais aussi d’être payée,
hors limite autorisée,
elle accepte de montrer
comment on peut caresser,
exciter et stimuler,
dans des ébats effrénés,
ces sexes toujours cachés.

Il ne faut pas s’y tromper,
les films sont très bien truqués
et les acteurs engagés
grâce à leurs énormités.

 
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50

LA RETRAITEE


Après une école bâclée,
tu es vite allée travailler,
car dans le temps il n’y avait
que le dur travail qui payait.
Puis un jour tu as rencontré
un bon ami nommé André.

Il t’a aussitôt emmenée
chez le curé pour vous marier.
Une grande famille est née,
les bambins se sont succédés
et ont tous été élevés,
mais on ne t’a jamais aidée.

De nos jours, tout a fort changé.
Le mariage est oublié,
la tradition, c’est du passé,
on s’ennuie toute la journée
et on commande les bébés
en quantité très limitée.

« Mais tu vois petite Mémé,
comme tu sais bien les aimer
et qu’on ne veut pas t’en priver,
on accepte de s’en passer
quelques heures de la journée,
ça te changera les idées »


 
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LA SAUVAGEONNE


Toutes mes petites ballades
se sont toujours fort bien passées
jusqu’au jour où j’ai dû aider,
au cours de cette promenade,
une sauvageonne blessée
sur les rochers d’une cascade.

Son corps nu était accroché
à une ancienne balustrade.
Malgré la peur de l’escalade,
tremblant, entièrement trempé,
je parvins à la retirer,
lui évitant une glissade.

Après s’être bien réchauffée,
elle but un peu d’orangeade
et me donna une accolade,
puis s’est aussitôt éloignée
avant que je puisse soigner
une petite estafilade.

Chaque jour, j’y suis retourné.
Elle attendait sur le rocher
et raffolait de mes aubades,
en buvant une limonade.
Aujourd’hui nous sommes mariés,
mais j’écoute ses jérémiades.

 
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52


LA SECRETAIRE ET LES COPAINS


Une adorable secrétaire
connaissant très bien son affaire,
était souvent accompagnée
lorsqu’elle désirait rentrer.

Les occasions n’ont pas manqué,
à chaque fois un employé
qui n’avait qu’une seule idée :
essayer de la courtiser.

Mais elle a toujours refusé,
espérant un jour épouser
son patron, mignon à croquer,
célibataire à marier.

Beaucoup d’années se sont passées,
lui sans cesse préoccupé
par les marchés à négocier,
elle fidèle à sa pensée.

Les soupirants ont disparu
et on ne la regarde plus
que comme une vieille isolée
qui dans son coin est délaissée.

Son bon patron l’a oubliée,
depuis longtemps il ne vient plus,
assez riche il a revendu
et une jeune a préférée.

 
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53

LA SUPER-NANA


Je suis une «super-nana »
parfaite du haut jusqu’en bas,
tous les hommes voudraient de moi,
mais je suis l’épouse d’un Roi,
fidèle je veux lui rester,
car par lui je suis adorée.

Toujours simplement habillée,
je ne suis jamais escortée,
car ça me permet d’écouter,
de voir et bien enregistrer
tout ce qu’il faut améliorer
pour que mon mari soit aimé.

Afin que je sois protégée
et toujours en sécurité,
mon très adorable seigneur,
à qui je faisais toujours peur,
a commandé à une fée
la super potion des moulés.

Ce simple élixir m’a donné
le don d’enfermer et réduire,
chaque fois que je le désire,
dans une bulle bien fermée,
tout ce qui risque de me nuire,
pour en être débarrassée.
Je l’utilise fort souvent
et ces sphères partent au vent,
puis sont un jour précipitées
sur notre sol pour l’arroser.
Pour ne pas terminer en pluie,
restez bien sages dans la vie.

 
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54

LA TELEVISION


Si vous désirez regarder
un grand film à la télé,
inutile de vous presser,
l’heure n’est jamais respectée.

Tout d’abord la publicité,
puis la météorologie
avec sa petite folie,
de nouveau des publicités.

Ouf ! , maintenant vous espérez
enfin le visualiser,
là encore vous vous trompez,
le film vient d’être changé.

Vous n’êtes vraiment pas gâtés,
la cassette il fallait louer !

Ecœurés, vous la refermez,
demain vous recommencerez !

 
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55


LA TERRASSE


Sur un côté elle est bordée
par un ruisseau non pollué
et sur l’autre par un chemin
où les poules se trouvent bien.

Assise sur cette terrasse,
tu admires tout ce qui passe :
ceux qui reviennent de la chasse,
le tout petit troupeau de vaches,
papa et maman barbarie
suivis de près par leurs petits.

Tu es venue te reposer
comme chaque année en été
et apprécier ce beau côté
de cette campagne isolée.

A regret tu vas retourner
vers cette ville surpeuplée,
où tu ne peux te reposer
ni sortir sans être ennuyée.

Mais hélas tu dois travailler
et tu ne peux plus rien trouver
dans la campagne abandonnée
à ceux qui seront retraités.

 
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56

LA TIGRESSE


Souvent d’une taille modeste,
généralement bien dodue,
mais hélas aussi fort têtue,
elle joue avec grande adresse
dans l’art de savoir appâter
tous ceux qui se laissent attraper,
en sachant toujours bien doser
toute récompense espérée.

Verbalement elle t’agresse
avec n’importe quel prétexte,
simplement pour faire sentir
que tu ne peux que t’aplatir.
Bien mené par le bout du nez,
elle va vite te casser,
même si tu es surdoué
ou tente de lui résister.

Pour ne pas être dominé
ni obligé de te sauver
comme ceux qui t’ont précédé,
évite de trop l’approcher.


 
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57


LA VIE


Le tout petit, haut comme trois pommes,
doucement est devenu un homme.
Son cœur d’une fille s’est épris
et il fut très vite son mari.
La nature sans jamais s’en faire,
il ne tarda pas à être père.

Arrivèrent gendre et belle-fille
qui agrandirent cette famille.
Avant de devenir le grand-père
fort cajolé et ne plus rien faire,
il pense très souvent à la vie
en se faisant d’énormes soucis.

Il pourrait pourtant bien profiter,
avec sa femme qui l’a aidé,
de ce qu’ils ont durement gagné,
pour enfin aller se reposer,
mais ils préfèrent d’abord penser
à ces enfants qu’ils ont su créer.

Et voilà pourquoi toujours, malgré
leur argent et leurs propriétés,
ils n’ont pas cessé de travailler
pour cette jeunesse aux yeux fermés
qui dépense, sans trop se soucier,
tout ce qui lui est toujours donné.

 
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58


LA VIEILLE DAME ET SA MONNAIE


Déposant fort régulièrement
une assez grosse somme d’argent
dans un bureau de poste important,
en prenant la file dans le rang,
je me suis trouvé incidemment
derrière une dame clopinant.

Devant la lucarne ouverte en grand,
sa tête secouée en avant,
ses mains noueuses en remuant
déposaient très régulièrement,
pour acheter un timbre à trois francs,
ces pièces qu’on donne à un mendiant.

Un homme au regard assez méchant
d’un ton narquois lui dit en beuglant :
« ces pièces sont pour le boulanger,
mais ici ne sont pas acceptées. »
Déçue, la femme s’est écartée
et sa place, elle m’a cédée.

Bien reconnu par cet employé,
après avoir posé sous son nez
un sac rempli de pièces variées,
sans plaisanter, je lui ai lancé :
« en plus du reçu pour ces dorées,
j’exige un timbre pour la mémé. »
Vexé, sans un mot, il m’a donné
cette figurine demandée
et le reçu de l’argent versé,
puis rapidement il s’est levé
et le guichet, il a refermé,
sans doute pour aller se calmer.

La brave femme s’en est allée
heureuse d’avoir récupéré
ce timbre auparavant refusé.
Plus tard, j’ai de nouveau recroisé
cette dame qui m’a confirmé
qu’il s’était par la suite excusé.

 
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59


LA VOITURE


Pour voyager à toute allure,
tu veux une grosse voiture.
Penses-tu aux cotisations,
assurances et limitations ?

Rien qu’une petite infraction
va avaler tout ton pognon ,
sans compter les points retirés
qu’il faudra un jour racheter.

Une petite est bien assez
pour rouler sans trop dépenser,
dans la campagne ou dans les villes,
seul ou avec plusieurs copines.

Elle est même fort équipée
et circule aussi sans danger.
C’est plus facile à acheter
et ton permis est abrité.

 
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60

L'ACHAT D'UNE VOITURE


Pour prendre l’air en pleine nature,
tu veux acheter une voiture,
mais as-tu pensé à calculer
ce qu’il allait falloir débourser ?

Tous les mois les traites à payer,
l’assurance à ne pas oublier,
puis aussitôt tu dois afficher
le petit papier de Ramadier.

Le garage est fort recommandé
si tu ne veux pas la retrouver
toute rayée ou très abîmée
par les vandales de ton quartier.

Toutes les fois que tu vas rouler,
au plein, il faudra vite penser.
Quand ses quatre ans seront annoncés :
le contrôle technique imposé.

Si tu n’apprends pas à piloter
comme un très grand nombre de pépés,
jamais tu ne pourras échapper
à ces contredanses bien salées.

Si tu es vraiment un fortuné,
inconscient, ou ne sais pas compter,
c’est sûr, tu peux aller commander,
mais après, ne viens pas pleurnicher !

 
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61

L'AIGLE DU MOULIN


En effigie j’étais porté
pendant la guerre des tranchées
sur le casque d’un enrôlé
que l’Allemagne avait muté
dans un village sinistré,
sans aucune âme pour parler.

Ce jeune homme bon et doué
arriva gravement blessé
chez une brave femme âgée
qui le cacha pour le soigner.
Malgré tous les soins prodigués
elle ne put hélas le sauver.

En sentant sa fin approcher,
il m’avait remis et confié
à cette dame désolée.
Sitôt le moulin remonté,
de suite je fus installé
dans le salon des invités.

Plusieurs fois j’ai été volé,
mais toujours on m’a ramené,
car on ne peut pas m’emporter
sans mettre sa vie en danger.
Je respecte la volonté
de celui qui m’avait porté.

 
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62



L'AMBULANCE


Cette voiture qui tranche
avec croix bleues à six branches
et chauffeur en blouse blanche,
roule comme une avalanche.

Le malade bien installé
dans ce véhicule équipé
va très vite être transporté
vers un hôpital renommé.

Quand il est hospitalisé,
calmement elle va rentrer,
gyrophare non allumé,
car elle n’est plus occupée.

Mais si tu la vois circuler
avec son feu bleu éclairé,
c’est qu’une vie est en danger,
laisse-lui la priorité.

 
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63


L' AMERICAINE


Un soir, dans cet ancien moulin
installé au nord de la France,
une petite Américaine,
venue pour passer ses vacances,
se retrouva vite élue reine,
car les jeunes l’admiraient bien.

Fort moulée, brune un peu braisée,
avec yeux bleus cernés de vert,
d’une chaleureuse voix claire,
elle chantonnait tous nos airs
avec accent du bord de mer
nous incitant à l’écouter.

Rares sous ce ciel ardennais :
une joie qui nous enivrait,
un charme qui nous surprenait,
étaient là pour faire craquer
tous ceux qui pouvaient approcher
Chrystelle, la miss endiablée.

Mais hélas le temps a passé
et son départ fut annoncé.
Les soupirants furent peinés,
des larmes sont même tombées,
mais elles ne purent empêcher
cette idole de s’en aller.

La vie ne s’est pas arrêtée,
d’autres filles l’ont remplacée.
Les boums se sont renouvelées,
mais elles n’ont pas retrouvé
le succès qu’avait apporté
cette élue à l’accent marqué.

 
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64


L'AMOUR…


Bien que vos amies soient plates,
rien n’empêche de les aimer.
Quand avec elles vous jouez,
tenez les toutes bien serrées
avec votre main d’initié,
d’une façon délicate.


Une à une vous les jetez,
il vous arrive de «monter»,
mais parfois aussi de «pisser».
Votre partenaire est douée,
ensemble vous vous comprenez,
mais jamais vous ne vous parlez.


Lorsqu’elles sont toutes tombées,
rapidement vous les comptez,
une ou deux fois vous les battez,
puis vous vous les repartagez
pour de nouveau recommencer,
sauf si vous êtes fatigués…


…DES CARTES

 
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65


L'APPAREIL PHOTO


Au début j’étais compliqué :
mon soufflet, il fallait tirer,
un obturateur enlever,
quelques secondes à compter,
pour enfin vite refermer.
L’expérience était imposée.

Aujourd’hui tout a bien changé,
je me suis fort perfectionné.
Il suffit de bien me centrer
sur le plan à photographier,
puis, sur un bouton, appuyer.
Plus besoin d’être très doué.

Je sais parfaitement copier
si ma batterie est chargée,
quand la feuille à impressionner
a bien été positionnée
à l’emplacement réservé,
mais quelquefois c’est oublié.


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66


L'AUGMENTATION


Mon petit chéri adoré,
je viens juste de terminer
les comptes de notre foyer
et je suis très fort étonnée
par le gros trou que j’ai trouvé
dans cette comptabilité.

Je n’ai pourtant rien acheté,
à part ce bijou bon marché,
hier soir sur les Champs-Élysées.
Je ne pouvais pas refuser,
c’était vraiment une occasion,
juste quelques petits millions.

Mais tout cela va s’arranger.
Demain matin tu vas aller
voir ton chef ou le P.D.G.
et dire qu’il faut t’augmenter.
Tu vois ce n’est pas compliqué,
avec un peu de volonté.

 
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L'AUTEL


Pour mettre son église à la page,
un curé, déjà d’un certain âge,
se mit en tête de remplacer
un magnifique autel installé
depuis une centaine d’année.

L’entreprise de démolition
vint et imposa ses conditions :
elle ne prendrait des précautions
qu’à condition de pouvoir garder
l’ensemble de la décoration.

Le curé voulait tout conserver
et l’évêché fut sollicité.
Une transaction fut acceptée :
la table serait pour le curé,
le reste pourrait être enlevé.

Lorsque la dépose a commencé,
tous les acteurs durent constater
que l’ensemble était réalisé
par montage de lattes plâtrées
avec enjolivures dorées.

On ne pouvait pas récupérer.
Déçus, verts, ils se sont regardés,
vexés, et très fortement peinés
de ne rien pouvoir s’accaparer.
Le seigneur a bien dû se marrer !

 
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68


L'AVENIR


J’allais partir dans la nature
avec ma nouvelle voiture.
A peine la porte fermée :
« Ton permis, l’as-tu emporté ? »
« Ta ceinture n’est pas bouclée »
« Dans le tuyau, tu dois souffler »
« C’est parfais, je vais démarrer ».
Je roulais fort décontracté.
« Agglomération, je limite »,
« Vitesse réduite, moins vite »
Pour tout, elle savait régler.
Je roulais sans être inquiété.
Tutu, tutu, tutu, tutu,
voilà un signal inconnu !
Tutu, tutu, tutu, tutu,
un truc qui n’est pas reconnu ?

Mon réveil venait de sonner,
je ne m’étais pas réveillé.

En grande précipitation,
je sollicite ma voiture
en roulant à très vive allure,
traverse l’agglomération,
ignorant la limitation.
Je ne pensais qu’à mon patron
qui allait me réprimander.
Hé pan ! Je me fais arrêter.
Très dure la réalité,
je vais être pénalisé,
les agents ne font pas la grève.

Constructeurs, transformez ce rêve,
il est simple à réaliser
avec un peu de volonté.

 
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LE BALAYEUR ET SA PATRONNE


Dans cette belle rue Colbert,
tous les jours, de très bon matin,
poussant le chariot blanc et vert,
avec son balai à la main,
un employé nommé « Robert »,
récolte les « cadeaux » des chiens.

En passant par-là, mal lunée,
sa patronne fût irritée
en l’apercevant relever
ce qu’un toutou avait laissé
pendant la nuit, devant l’entrée
d’un adversaire renommé.

Oubliant son éducation
et ses responsabilités,
têtue, mauvaise et obstinée,
elle se mit à l’insulter
et l’obligea à déverser
ce qu’il venait de ramasser.

Le courageux en fut peiné,
mais il a dû s’exécuter
car la « chef » avait ordonné.
Il lui fut aussi indiqué
qu’il ne devrait plus enlever
que sur ses instructions signées.

Certains jours il a travaillé :
la liste avait été visée.
Plusieurs fois il s’est reposé :
rien n’avait été préparé.
La pétition a circulé,
« Miss crottes » dut démissionner.

 
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LE BANC


Pour permettre de s’arrêter
un moment et se reposer,
lors d’une ballade en forêt
à la recherche de muguet,
dans un parc ou près d’un chalet,
il est là sur tous nos trajets.

Dans le sud il est souvent blanc,
on le repeint de temps en temps.
Même si parfois il est vert
il est toujours, bien plus au nord,
protégé avant chaque hiver
par une lasure à prix d’or.

Dans tous les cas il est présent
été, hiver, par tous les temps,
pour rendre service un instant
ou regarder passer les gens,
mais pas pour se faire emporter.
C’est le secours des fatigués.

 
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LE BANQUET


Aujourd’hui pour vous c’est la fête,
tout est prêt pour vous amuser,
vous allez manger et danser,
vous vous lécherez les babines
et userez vos ballerines
sur les airs d’un vieux bal musette.

Surveillez bien votre copine
avec sa belle taille fine
et ses rondeurs fort renforcées,
car elle pourrait s’absenter
souvent pendant cette soirée,
rien que pour aller déguster
ce que notre chef de cuisine
a préparé dans l’officine.

Si quelques-uns sont fatigués,
nous avons prévu l’aspirine
pour vous redonner des gambettes,
mais si vous voulez surveiller
les deux mariés qui se débinent,
évitez d’être un peu pompette !

 
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LE BAR


Si tu veux un jour te détendre,
ou simplement boire et entendre
une bonne petite histoire,
viens donc au bar un de ces soirs.

Du tabouret, très haut perché,
tu as la possibilité
d’observer et de bien mater
tous ceux qui se sont attablés.

Tu vas aussi fort écouter
ce qui va être divulgué
sur le maire et le vieux curé
quand ils se sont enguirlandés
pour une église non chauffée
et le vin blanc qui a gelé
le jour où ils ont dû marier
le grand garçon de l’hôtelier.

Même en ne buvant pas de vin,
tout cela te fera du bien.
Après avoir bien sûr payé,
heureux et gai tu vas rentrer.

 
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LE BEBE


Si tu veux avoir un bébé,
le plus simple est de commencer
par trouver une âme esseulée
qui voudra bien t’accompagner.

Installés dans votre foyer,
le temps sera venu d’œuvrer
autant de fois que vous voudrez,
les sécurités enlevées.

Un jour, elle va t’annoncer
que les essais sont transformés :
le docteur lui a confirmé
que le fœtus était formé.

Son charmant relief va changer
et ton bébé va gigoter.
La laine va être achetée
et la layette tricotée.

Une nuit, tu vas l’emmener
très vite à la maternité.
Tu le verras naître et crier,
car cet enfant veut respirer.

Sans se gêner, il va pleurer
pour réclamer une tétée
ou un biberon préparé
et cela va bien t’embêter.

Le calme et la tranquillité
vont fort souvent être altérés,
mais tu sauras lui pardonner,
car tu vas vite l’adorer.

 
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74


LE BILLET DE BANQUE


En sortant de chez l’imprimeur,
j’avais encore cette odeur
d’encre sur papier repassé,
mais très vite on m’a enfermé.

En conteneur j’ai voyagé,
puis dans un coffre verrouillé,
j’ai dû attendre compressé
qu’on décide de me livrer.

Stocké dans un distributeur,
je fus éjecté de bonne heure
pour être aussitôt torturé,
plié, avant d’être empoché.

De main en main je suis passé
pour que certains puissent régler
tout ce qu’ils venaient d’acheter
et la monnaie m’a remplacé.

Maintenant que je suis usé,
terni et un peu déchiré,
une banque m’a réformé,
mais je dois encore étouffer
pour retourner où je suis né
et y finir incinéré.

 
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LE BLE


Je suis blonde comme les blés
et dans les champs souvent je vais
me promener pour admirer
cette pièce bien cultivée
que j’observe toute l’année
et qu’un jour je m’approprierai.

Ma petite toile est tissée
depuis juillet de l’an passé,
cette soirée où j’ai donné
ma fleur au grand fils du fermier
pour devenir sa fiancée
attitrée et nous marier.

Un soir je l’avais invité
à me retrouver près des blés.
Par hasard nous étions tombés
tous deux dans un trou fort caché,
nous sommes restés enlacés
et j’ai fini par lui céder.

Depuis, il vient me retrouver
tous les soirs à la nuit tombée,
car je tiens à le surveiller
pour ne pas le voir s’échapper.

Ses parents m’ont bien acceptée,
le mariage est programmé.
Aussitôt la moisson rentrée,
nous irons devant le curé
pour enfin régulariser
cet acte de propriété.

Bientôt je pourrai commander
sans presque jamais travailler,
puisque je sais comment mener
mon ami par le bout du nez.
Mais jamais je ne lui dirai
que c’est son blé que j’ai visé.

 
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LE CADEAU


Même s’il n’est pas attendu,
il est toujours très bien reçu.
Un tout petit bien argenté
est davantage préféré
à un plus gros très bon marché.

Pour toutes relations d’affaires,
ainsi que les anniversaires,
ou si vous désirez lui plaire,
un cadeau est recommandé
car il permet d’amadouer
celle qui va être gâtée.

Et pour se faire pardonner,
inutile de discuter,
il est plus sage d’arriver
les bras fort largement chargés
pour que tout soit vite oublié.

 
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LE CALENDRIER


Quelques feuillets toujours assemblés,
un petit morceau fort cartonné
avec ses angles ronds ou carrés,
sont le plus souvent utilisés
et distribués en fin d’année
comme support de publicité.

Un très complet petit encadré
destiné à vous remémorer,
chaque fois que vous le consultez,
le nom de celui qui l’a donné,
est judicieusement imprimé
pour ne pas pouvoir être enlevé.

Une image bien photographiée,
les jours et fêtes répertoriés
par mois, par semaine et par journée,
les dimanches et les jours fériés
parfois indiqués en plus foncé,
sont ses indispensables alliés.

Tous les ans il est très consulté :
pour préparer ses congés payés,
le jour de départ et de rentrée,
rechercher la date d’une fête
afin de ne pas avoir l’air bête.
Il est le seul cadeau que l’on jette.

 
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LE CANDIDAT


Dans un village condamné,
toujours seul à se présenter
et naturellement élu,
un petit maire avait voulu
se faire élire conseiller
pour sortir un peu de ses rues.

N’étant pas du genre doué,
il s’était permis d’usurper
des titres qu’il n’avait pas eus,
mais cela n’avait pas très plu
à l’adversaire diplômé
qui partout l’avait proclamé.

Dans l’espoir de se rattraper,
il décida de visiter
les habitants la nuit venue,
promettant, s’il était élu,
de très vite réaliser
ce qui lui était demandé.

Les élections sont arrivées,
tout le monde est allé voter,
mais il reçut un pardessus
car les gens n’ont pas apprécié
d’être pris pour des demeurés.
Plus jamais ils ne l’ont revu.

 
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LE CANIVEAU DE LA HONTE


Dans un village renommé
que les doués ont tous quitté,
un intrépide a installé
un joli parc pour occuper,
quelques moments de la journée,
les désœuvrés de la contrée.

Des jeux divers bien implantés
puis des concours, organisés
en nocturne comme en journée,
attiraient les plus acharnés.

De belles salles décorées
où l’on aimait venir manger
étaient très souvent fréquentées
par les anciens et les mariés.

La jalousie s’est déclarée,
quelques fêlés ont décidé :
« Il faut l'obliger à fermer ».
Tout fût alors utilisé
par une bande de damnés
pour nuire à cette activité.

Un caniveau mal installé
rendit dangereuse l’entrée
à tous les clients fort âgés
inscrits aux clubs des retraités.
Le mensonge n’est pas resté
dans la tête de ces tarés,
partout il a été semé
avec boycott organisé.

Le mur de Berlin est tombé,
l’Europe voudrait avancer,
mais par ces riches retardés,
un virtuel est façonné
avec des barrières cachées.
L’entreprenant est expulsé.

 
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LE CHOMEUR


Kim est un beau grand gaillard élancé.
Dans sa jeunesse il s’est peu fatigué
et n’a pas suffisamment rapporté
d’argent à son patron qui l’a lourdé.

Une fille s’en est amourachée.
Elle a réussi à le faire entrer
dans un parc, où il était employé
à occuper les enfants désœuvrés.

Cette entreprise un jour dû s’arrêter.
Notre ami ne pouvait plus travailler.
Sans trop s’en faire il s’est habitué
à cette existence de retraité.

Désormais il est nourri et logé,
il regarde les autres travailler
mais il sait aussi toujours quémander
ces gâteries qu’on ne sait refuser.

Tous les matins il se fait cajoler,
les soirs il sait réclamer sa pâtée
et le mardi son box est nettoyé.
Ce chômeur est un cheval fort gâté.

 
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LE CIRQUE


Au mois de juin de l’an passé,
un très grand cirque est arrivé.
Dans les rues, en pleine journée,
toute la troupe a défilé.
La sono sans cesse égrenait
les horaires et incitait
les citadins à réserver
au moins une de leurs soirées
pour venir tous les admirer.
Comme beaucoup, j’y suis allé.

Ma voisine peu habillée,
sympa et assez bien moulée,
de temps en temps me regardait,
me souriait et me poussait.
Tout le début m’avait bien plu,
à une touche j’avais cru,
mais hélas, je dus déchanter
lorsqu’elle m’a vite élevé
au-dessus d’elle et déposé
au beau milieu des lions couchés.

Les spectateurs applaudissaient.
Sur les lions elle se roulait
et les animaux la léchaient,
mais moi, au centre, je tremblais.
A la fin de son numéro,
en me soulevant par le dos,
un de ses lions m’a ramené,
j’ai bien cru ma fin arrivée.
Me voyant trop impressionné,
elle est venue me rassurer.

Dans la roulotte décorée,
surpris, je me suis réveillé.
Avec un lion elle veillait
et j’ai vu que ses yeux pleuraient.
Dans les pommes j’étais tombé
et ça l’avait beaucoup marquée.
Nous nous sommes vite embrassés
et depuis, je ne l’ai quittée,
mais chaque soir je fais l’idiot
dans son spectacle avec brio.

 
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LE CLIENT


Dans tous les bars, comme clientèle,
une très nombreuse variété
de consommateurs assez fidèles,
couramment, peut être rencontrée.

Souvent, une jeune demoiselle
attend son étudiant amoureux
pour ensemble s’en aller chez elle
et réviser « c’est plus simple à deux ».

Régulièrement, l’aventurier
qui a voyagé toute sa vie
et qui est revenu au pays
« pour aider son oncle le plombier ».

Mais aussi tous les jours, le « barbeur »
qui reste attablé durant des heures
à raconter ses petits malheurs,
ceux de son grand frère ou de ses sœurs.

C’est vraiment très marrant d’écouter
ce que l’on veut vous faire gober
quand vous êtes là pour acquiescer,
« mais surtout ne pas le répéter »

 
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LE COQ


Quand il a fallu le fixer,
le couvreur était bien chargé.
Grâce à une échelle lattée,
tranquillement il est monté
et aussitôt l’a installé
pour lui permettre de tourner.

Les villageois l’ont admiré,
ils avaient le souffle coupé.
Le curé les a fait prier,
le maire a aussi bafouillé
quelques mots pour les remercier
et les convier à l’arroser.

Le vin a vite été versé,
les brioches étaient coupées,
les cloches ont carillonné
et quelques-uns bien éméchés
ont entendu le coq chanter.

Maintenant sur son grand clocher
il ne cesse de regarder
le vent qui nous est envoyé,
simplement pour nous signaler
s’il faut penser à emmener
un parapluie pour la journée.

 
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84


LE CRANEUR


Quand il monte dans un planeur
devant un très bon moniteur,
malgré une fort grande peur
et quelques gouttes de sueur,
il aime sortir en vainqueur
car il est un petit crâneur.

De là-haut, il peut admirer,
sans jamais être dérangé
ni même avoir le nez gelé,
cette chaîne des Pyrénées
magnifiquement enneigée.
De cela il peut profiter.

Très bientôt, il va apprécier,
sur un bateau qu’il va louer,
cette mer un peu ondulée
pour aller gentiment passer
plusieurs nuits de jeune marié
en chavirant sans se noyer.

Mais tout ça il l’a mérité
car cela ne peut arriver
qu’à tous ceux qui ont su passer
un peu de leurs jeunes années
à étudier et travailler,
pour être à l’E.N.A.C. acceptés.

 
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85


LE DE


Une grosse ou  petite main
m’agite, mais je ne dis rien.
Presque toujours en compagnie
de deux ou quatre autres amis,
je suis très souvent projeté
et bien obligé de rouler
sur la piste capitonnée,
pour m’obliger à vous montrer
une de mes faces tachées
par de petits points de beauté.

Si par hasard je suis cassé,
je vais de nouveau travailler
car je ne dois pas m’arrêter
sur une face biseautée.
Quand je fais gagner le joueur,
je suis le dé porte-bonheur
et si c’est lui qui doit payer
ce qui a été consommé,
aux chiens, je suis bon à jeter.
Mais ils ne pourraient me croquer !

 
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86


LE DIFFUSEUR DE PRESSE


Tous les jours, de très bon matin,
il prépare son magasin.
Le papier est déjà livré,
il s’active à le déballer,
le vérifier et le ranger.
Tout a été enregistré
sur l’ordinateur programmé,
le seul qui est là pour l’aider.

Le premier client vient d’entrer.
Son journal est vite scanné,
quelques mots sur les nouveautés,
il encaisse et : « Bonne journée ».
Sans arrêt, ils ont défilé.
Très chaleureux il est resté
sans jamais être remplacé,
jusqu’au soir où il a fermé.

Les invendus sont ficelés,
le coffre est rempli puis bouclé,
le rideau est enfin baissé.
Sa journée n’est pas terminée :
il entamera la soirée
avec la comptabilité.

Malgré douze heures d’affilée,
avec la commission versée
et sans avoir été volé,
il n’aura hélas pas gagné
autant qu’un petit employé.
Qu’importe, c’est un passionné !

 
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87


LE GENDARME ET LE KLAXON


Parce qu’un jeune homme klaxonnait
chaque fois qu’il les apercevait,
un gendarme, toujours estimé,
à sa fille adorait répéter
que le jour où il le pincerait,
cet  excité le regretterait.

A cette version, elle croyait
car elle n’aurait jamais pensé
que leur idylle pourtant cachée
dans ce chemin fort peu emprunté,
à côté d’une station service,
était bien connue par la police.

Son véhicule mal stationné
un jour fut très vite repéré
par la maréchaussée en tournée.
Un petit papillon blanc plié
l’invita aussitôt à passer
à la brigade pour s’expliquer.

Satisfait le père était rentré,
fort heureux de pouvoir annoncer
qu’il allait bien vite rencontrer
celui qu’il désirait sanctionner.
Peureux, l’amoureux s’est présenté
croyant se faire réprimander.

Mais il fût surpris et étonné
en entendant les faits reprochés :
« Galanterie trop mal assurée
en obligeant ma fille à marcher
pour aller le soir vous retrouver,
plutôt que de venir la chercher. »

La condamnation fût sans appel :
le galant dût se rendre auprès d’elle
en s’interdisant de klaxonner.
Heureux de se sentir accepté,
tous les soirs il venait la chercher
et tous deux allaient se promener.

Comme beaucoup ils se sont mariés,
mais le klaxon n’a pas apprécié
de ne plus être sollicité.
Faute d’avoir un peu fonctionné,
petit à petit, il s’est grippé
et n’a plus jamais voulu corner.

 
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88


LE HAMAC


Cela faisait plusieurs journées
que je trouvais utilisé
par une adorable bronzée,
le superbe hamac accroché
dans ma grande propriété
pour me détendre et reposer.

Galant et très bien élevé
je n’ai pas voulu l’éveiller,
mais très fortement intrigué
par cette régularité,
je me suis mis à espionner
cette fort curieuse invitée.

Très vite j’ai dû constater
qu’elle cherchait à m’attirer
dans un piège bien préparé,
en espérant faire craquer
cet illustre célibataire
qui ne vit que pour les affaires.

Il m’est donc venu cette idée
d’installer, sous ce lit volé,
une conduite bien cachée.
Quand je suis rentré, elle bronzait,
en recevant l’eau, elle hurlait.
Enfin seul, je suis satisfait.

 
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89


LE LOCATAIRE


Si vous êtes un propriétaire,
pour louer et retirer du beurre,
vous cherchez un très bon locataire,
sympa, sérieux et bon bricoleur.

La maison sera toujours chauffée,
entretenue et très bien soignée.
Le jardin sera aussi bêché,
les mauvaises herbes vite enlevées,
tous les buissons taillés chaque année.

Une caution, par sécurité,
trois mois d’avance avant de rentrer,
tous les mois un assez gros loyer
sur un compte sera prélevé,
comme les charges en fin d’année.

Arrêtez, il ne faut pas rêver,
vous n’êtes pas prêt de le trouver !

 
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90


LE MAIRE ET LE CAFETIER


Un très banal petit cafetier travaillait
dans un village où gagner sa vie est fort dur.
Le maire survint plein, cherchant une aventure,
sûr que la fille du patron accepterait.

« Qui te rend si hardi de troubler mon village ? »
dit en titubant cet horrible personnage :
« Tu vas être emmerdé car tu m’as contrarié ».

Mais répond le débitant, mon activité
en aucune façon ne pourrait vous déplaire,
car je l’ai conçue uniquement au contraire
dans le but de rendre service aux habitants,
heureux de voir encore un petit commerçant. »

« Tu me déplais », reprit le maire chancelant
« Et je sais que tu me gênes depuis longtemps. »

Comment l’aurais-je fait, je ne sais cultiver ?
reprit le commerçant en se grattant le nez.

« Si ce n’est pas toi, c’est un de tes cons de frères. »

Mais voyons, réfléchissez, je n’ai pas de terre,
mais je suis le dernier unique commerçant
qui reste installé, même sans gagner d’argent.

« Il faut que je me venge, on me l’a conseillé. »
Là dessus il s’effondre, le cœur l’a lâché.
Il sera enterré, le cafetier peiné
prit la décision de ne plus continuer,
car les langues de vipère ont trop maltraité
celui que la justice avait innocenté.

 
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91


LE MARIAGE


Se marier c’est bien construire à deux
un bon petit nid pour vivre heureux,
puis le garnir de jolis enfants,
les nourrir pour qu’ils deviennent grands,
bien les soigner et les protéger,
sans oublier de les éduquer,
pour qu’un jour ils puissent s’envoler.

Il faudra aussi se supporter,
faire des concessions, s’adapter,
se résigner à tout partager :
les joies, les peines, et les dangers,
sur cette longue route tracée.

A la fin de cette chevauchée,
quand l’un des deux sera appelé
à nous quitter pour l’éternité,
vous resterez encore liés
à chaque instant, grâce à la pensée,
en attendant de vous retrouver
chez ce père qui nous a créés.

 
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92


LE MASSAGE


Une ou deux fois chaque semaine,
la plus petite de mes sœurs
voulait toujours que je l’emmène
chez ce bon kinési-masseur.

« Doucement et sans se presser,
ses petits doigts sont appuyés
depuis le cou jusqu’à mes pieds,
car il ne fait rien à moitié ».

Ce masseur bien spécialisé,
très courtois et fort sympathique,
fait du drainage lymphatique.
Elle ne pouvait s’en passer.

Mais aujourd’hui, très enchantée
en revenant s’est écriée :
« Bientôt nous serons mariés! »
Je vois qu’elle m’a bien roulé.

 
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93


LE MEUNIER ET LES PIGEONS


En équilibre sur des bastings,
notre bon vieux meunier Augustin
peinturlurait ,de très bon matin,
cette vieille roue de son moulin.

Perché sur le toit qui surplombait,
une ribambelle de pigeons,
depuis leur tremplin, l'encourageaient
à bien étaler tout son goudron.

Sans doute sans arrière pensée,
un de ces oiseaux laissa tomber
un petit cadeau non demandé
en plein dans le pot utilisé.

Le liquide noir fut projeté
et notre ouvrier éclaboussé
fort surpris, fut déséquilibré.
Dans la rivière il s'est enfoncé.

Les spectateurs se sont envolés,
l'artiste peintre furieux, trempé,
mais indemne a enfin installé
la rambarde de sécurité.

 
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94


LE NOUVEL AN


Il vaut mieux prendre une vraie cuite
que d’oublier une pilule,
sauf si l’on vit comme un ermite
ou qu’on n’a pas trouvé de jules.
Ce n’est pas sans inconvénients,
mais ils durent bien moins longtemps.

Il est pourtant fort préférable
de ne pas trop exagérer,
car c’est bien sûr plus agréable
de terminer sans tituber
et d’accepter un compagnon
pour apprécier ce qui est bon.

Le lendemain sera plus gai,
l’année aura bien commencé
et peut-être aurez-vous compris
que c’est vraiment une folie
de toujours rester enfermée
sans un ami à ses côtés.

 
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95

LE PECHEUR


Tous les dimanches de l’été,
dès huit heures, il va pêcher.
Dans une barque il va monter
et en ramant va s’éloigner.
Un fort gros poids est descendu,
l’embarcation ne bouge plus.
La canne est très vite emboîtée,
la ligne et monture fixées.
Le plus gros ver est accroché
et le fil aussitôt jeté.

Toujours attentif, il surveille
un tout petit bouchon vermeil.
Plouf ! il s’enfonce puis remonte,
plouf ! encore une fois dans l’onde.
Pif ! très rapidement il tire
et le beau poisson, il retire.
Quand le soleil va se coucher,
il va bien vite ramener
tous les poissons à nettoyer
à sa femme qui va râler.

 
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LE PERCEPTEUR


Comme tous les ans, cette année,
mon brave facteur m’a porté
une enveloppe bleue fermée,
avec tampon mais non timbrée,
qui m’a beaucoup fait frissonner
quand j’ai lu la somme à payer.

Après avoir bien recompté
tout l’argent économisé
et ne pouvant pas tout régler,
pour essayer de discuter,
j’ai décidé d’aller trouver
celui qui devait encaisser.

Par malchance je suis tombée
sur une pouffiasse bornée
qui m’a clairement rétorqué :
« On n’est pas là pour marchander,
mais simplement pour encaisser.
Vendez tout ce que vous avez ! »

D’elle je me suis fort moquée
et pour en plus bien lui prouver
que j’étais fauchée et ruinée,
tous mes habits, j’ai enlevés
et lui donnant, j’ai déclaré :
« Avec ça, ma dette est payée. »

Dans le couloir j’ai rencontré
un homme courtois étonné
qui m’a aussitôt fait entrer
dans un vestiaire et m’a donné
le chinchilla de la tarée.
Avec lui j’ai pu m’expliquer
et depuis tout s’est arrangé;
ça, c’est un percepteur sensé!

 
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97


LE PIGEON BOITEUX


Une année, nous sommes allés
passer plusieurs belles journées
dans un studio très bien meublé.
Pascal, notre petit aîné,
avait su se faire accepter
par un pigeon handicapé.

Les huit heures juste sonnées,
sur le balcon, il tapotait
avec le bec pour réclamer
ce que l’enfant lui amenait :
quelques miettes du déjeuner,
que dans sa main, il picorait.

Comme cet oiseau bien aimé,
les enfants se sont envolés
et les années ont défilé.
Mais ce soleil fort généreux
nous a de nouveau, tous les deux,
revu comme des amoureux.

Appréciant la tranquillité,
dans un silence religieux,
nous avons tous deux sursauté
en entendant un bruit curieux :
il attendait qu’on soit levé
en clopinant un petit peu !

 
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LE POISSON D'AVRIL


Dans un petit village banal,
le rédacteur d’un petit journal,
pour satisfaire à la tradition
du premier avril avec poisson,
donna une fausse information
avec lancement de pétition :
« Ils veulent tuer votre journal »

Les citoyens étaient invités,
pendant quelques journées, à signer
sur des listes vites déposées
dans tous les magasins signalés,
pour bien montrer leur opposition
à ce projet d’arrêt d’impression
du petit bulletin communal.

Par cette interruption insensée,
tout le monde fut très irrité,
le canular avait fort marché.
Presque tous se sont précipités
chez leurs commerçants pour contester,
dans l’espoir de faire retirer
cette décision trop anormale.

Le plaisantin pensait annoncer
que quelques-uns s’étaient fait piéger,
mais il était loin de supposer
que certains allaient se quereller,
les uns croyant en la vérité,
les autres soupçonnant le poisson.

Pour éviter la révolution,
il titra une réalité
en écrivant « vous avez signé,
votre journal va continuer !»
Mais il n’a pas voulu divulguer
que c’était pour les faire marcher.
Lui seul a donc été attrapé.

 
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99


LE POSTERIEUR


Lorsqu’il se promène en public,
aucun chichi n’est exigé,
il est simplement habillé
et s’il veut se faire admirer,
il se balance en déhanché,
mais ça ne coûte pas de fric.

De temps en temps il lâche un bruit
que personne ne démentit.
Il nous fait aussi des cadeaux
qui ne sont pas hélas très beaux,
mais il ne nous a pas trompés
sur ce qu’il pourrait nous donner.

Depuis que les hommes sont nés,
le postérieur a travaillé.
Il a toujours bien fonctionné
sans jamais rien nous prélever.
Impossible de le nier.
Nos élus devraient l’imiter !

 
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100


LE PREMIER MAI


Tous deux, vous aviez décidé
de faire une belle virée,
sous prétexte de ramener
un petit bouquet de muguet.

Avec ta voiture briquée,
tu klaxonnes pour appeler
ton adorable fiancée
qui court et t’échange un baiser.

Sur cette route ensoleillée,
vous voilà très vite envolés.
Le niveau d’essence a baissé.
Quelques billets, le plein est fait.

Plus rien ne peut vous arrêter,
sauf celui qui est bien planté
au beau milieu de la chaussée
et qui montre le bas-côté.

La vitesse était limitée
et le radar bien installé.
Il était loin de tes pensées,
mais l’agent a verbalisé.

Il faut sortir et redonner
encore beaucoup de billets.
Vexé, mais aussi fort fauché,
tu décides de retourner.

Ta belle blonde est attristée,
ses espoirs ont été cassés.
Tu n’as pas cueilli de muguet,
ni pu faire ce qu’il te plait.

 
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101


LE REPORTAGE


Pour effectuer un reportage
sur le thème de la poésie,
une équipe arriva sans tapage
sur les lieux, à la date choisie.

De la camionnette fort chargée
sortirent, dès qu’elle fut arrêtée,
quatre personnes très décidées
à filmer le programme confié.

Sous la direction du journaliste,
électricien ou éclairagiste,
caméraman et preneur de son,
s’exécutent tous à l’unisson.

Repérages, essais et séquences,
sont effectués avec aisance.
Interview, coupures et mixage
imposent beaucoup plus de réglages.

« On cass » dit le réalisateur.
Heureux d’avoir maîtrisé sa peur,
l’interviewé semble soulagé,
puis tout le matériel est rangé.

Mais le travail n’est pas terminé.
Il reste à incruster le « sinté »
et le traditionnel générique
sur ce film tourné en numérique.

Ils sont venus dans un coin perdu,
leur travail a été admiré
et tous ont été félicités.
Le poète est désormais connu.

 
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102


LE RETARD


Ce matin, juste après son fard,
elle emmène ses deux moutards
chez le concierge ce vantard
naturellement très bavard,
puis fonce sur le boulevard
malgré un intense brouillard.

Son patron, un petit veinard,
gros fêtard, aimant le pinard,
du genre insatisfait gueulard
et pourtant assez débrouillard,
mais perdu dans les papelards,
ne supporte pas son retard.

La porte à peine refermée,
cet animal fort mal luné,
de suite lui fait remarquer :
« Madame, quand on part trop tard,
on ne peut être qu’en retard.
Qu’attendez-vous pour travailler ! »

Lorsqu’on est du genre doué,
il faut savoir qu’il est risqué
de rouler comme des tarés
et plus sage de se lever
tôt, pour être à l’heure arrivé
et ne pas se faire attraper.

 
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103


LE ROI MAGE


Dans un petit courrier posté,
le grand-père avait exprimé
sa déception d’être privé
d’une ligne pour le guider
sur une route empruntée
très tôt et tard dans la journée.

Le cinq janvier après-midi,
comme un roi mage il arriva
bravant la neige et le verglas.
De son auto il descendit,
appareil photo sous le bras,
stylo, papier dans un cabas.

Le courageux est enchanté,
il a l’art de sympathiser.
Son crayon ne veut pas chômer,
ses notes sont vite alignées,
quelques clichés bien ajustés,
voilà l’interview terminée.

L’article a été peaufiné,
la rotative a imprimé,
le journal a été routé,
et les clients l’ont acheté.

Le fil d’Ariane est apparu
quand personne n’y croyait plus.
Ce journaliste a assumé,
il peut être félicité.

 
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104


LE ROUTARD ET LA MOTO


Un garçon assez baraqué
qui voulait un peu voyager
était obligé de marcher
car ses poches, à fond percé,
ne permettaient pas de régler
le prix du billet demandé.

Après quelques heures de route,
en passant près d’une moto,
comme s’il touchait le gros lot,
il aperçut sur le « Neiman »
une clé qui, sans aucun doute,
rendit joyeux notre quidam.

« Je vais aller à toute allure,
sans user mes bonnes chaussures,
car si la clé est là restée,
c’est pour qu’on puisse l’emprunter »

Cette idée à peine germée
dans l’œuf fut  très vite étouffée,
car un grand brun aussitôt vint
éloigner ce jeune gamin.

Celui-ci sans se démonter
déclara à cet étourdi
qu’il détestait les cylindrées,
car pour lui ce genre d’outil,
destructeur d’une saine vie,
ne berne que les gens aisés.

Ce personnage démuni
sagement s’en est bien sorti,
laissant le riche, ahuri,
contempler l’objet adoré,
la poitrine fort compressée
par cette peur d’être volé.

 
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105

LE SANDWICH


Un jour ma petite copine,
bien faite et qui a bonne mine,
sursaute en regardant monter
l’aiguille qui va dépasser
le poids qu’elle s’était fixé
pour tout manger sans se priver.

Se prenant pour une gamine
qui désire une taille fine,
elle se mit à calculer
les glucides à consommer,
les lipides à surveiller
et le régime a commencé.

Les produits furent allégés,
le jambon était dégraissé,
les œufs quelquefois supprimés,
les fruits fort souvent grignotés,
la bascule bien usitée,
mais le poids ne voulait baisser.

Cela m’avait fort étonné
jusqu’au jour où je suis rentré
incidemment sans m’annoncer,
pour l’apercevoir avaler
un énorme sandwich beurré.
J’ai ri, ça m’a bien amusé.

 
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106


LE SOURIRE


Un sourire fait toujours plaisir
à la personne qui le reçoit,
même s’il ne va pas appauvrir
cet humain courtois qui lui envoie.

Il est le signe de l’amitié
qui réconforte les déprimés
et redonne espoir aux gens peinés
malgré toutes leurs difficultés.

Il peut t’arriver d’être ennuyé
ou quelquefois aussi fatigué,
mais rien ne t’empêche de donner
ce ravissant regard espéré.

Il est préférable de montrer
ton sourire toute la journée,
plutôt qu’espérer le retrouver
devant toi pour être consolé.

 
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107

LE TELEPHONE


Quand la sonnerie résonne,
même haut comme trois pommes,
on répond au téléphone.

Cette voix venue d’ailleurs,
se moquant souvent de l’heure,
annonce joie et bonheur.

Si l’on pouvait deviner
quand il va nous chagriner
nous n’irions pas décrocher.

Le progrès est arrivé,
on peut être relié
sans aucun fil à tirer.

Il est là pour nous aider,
ses factures sont salées,
mais on ne peut s’en passer.

 
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108


LE TEMPS


Un après-midi par fort beau temps,
à pied, je suis parti plaisamment,
rien ne pressait, j’avais tout mon temps.

Par de longs arrêts de temps en temps,
les vitrines ont été léchées
et m’ont fortement intéressé.

Sur des télés qui ont fait leur temps,
j’ai admiré successivement :
- de très jolies valses à trois temps
avec costumes du bon vieux temps.
- des appelés qui faisaient leur temps,
mais j’ai oublié leur contingent.
- la première mi-temps d’un football
avec des joueuses, c’était drôle !
- une publicité pour louer
de beaux studios en temps partagé.

Tout cela m’avait fort passionné,
je n’avais pas vu le temps passer,
lorsqu’un très gros temps est arrivé.

Le bon temps ne pouvait plus durer,
il était temps pour moi de rentrer.
Mon temps de loisirs s’est terminé.

 
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109


LE TIRE-BOUCHON


Même si le vin est très bon
il nous faut un tire-bouchon
pour le sortir de sa prison.

Une tige en forme de vis
que l’on tourne, pénètre et glisse
très profondément dans le liège.
Lorsque nous retirons ce piège,
soulagé enfin il respire,
laissant échapper un soupir.

Merci monsieur tire-bouchon
de nous rendre ce vin si bon
bien conservé dans sa maison.

 
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110


LE TRAIN


Qu’il est beau ce petit train
que je poursuis du regard
sur ce grand livre de gloire
que je tiens entre mes mains.

Dans mon joli patelin,
il s’arrêtait dans la gare
sans jamais créer d’histoire
aux travailleurs du matin.

Tout cela était très bien,
mais tous ces bons vieux briscards
ne l’entendent plus le soir
car il ne reste plus rien.

Les rails sont partis très loin,
ou stockés sous des hangars.
Plus d’espoir de le revoir,
c’est la fin de notre train.
 
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LE TROTTOIR


En ville, il est souvent bordé
lorsqu’il est bien réalisé.
Un caniveau est accolé
entre sa joue et la chaussée,
simplement pour canaliser
l’eau que le ciel veut nous donner.

Dans nos campagnes reculées,
le fumier est enfin caché,
mais la route est fort encrassée
avec la terre projetée
par les engins utilisés
dans certains champs pour cultiver.

Les rigoles sont engorgées,
mais l’eau arrive à s’écouler.
Le trottoir est très ignoré,
mais les belles de nuit cachées
savent toujours bien où marcher
lorsqu’elles doivent racoler.

 
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112


LE VENDREDI 13


Comme tous les vendredis,
ce jour là il est parti
dans une belle coupée
pour aller un peu draguer.

Le temps était superbe,
le blé déjà en gerbes,
les petits oiseaux chantaient,
la voiture bleue roulait.

Glissant comme une damnée,
une benne remorquée
vint tous deux les bousculer
dans un fracas effréné.

De la carcasse écrasée
il put sortir non blessé.
Sa virée fut terminée,
sain et sauf, il put rentrer.

Désormais, il peut penser
que le treize l’a sauvé,
mais aussi vous annoncer
que ce jour est condamné.

 
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113


LE VENT


Grâce à un petit métier charmant
qui me rapporte beaucoup d’argent,
onze ou douze semaines par an,
je vais passer de forts bons moments
en bordure de mer à Gruissan.

Très tôt je m’en vais au bord de l’eau.
La mer agite tous ses rouleaux.
Sur le sable fin je me sens bien,
étendue sur un grand drap de bain,
toute nue au regard des voisins.

Le soleil est déjà tout en haut,
il me chauffe fortement la peau.
Heureusement que ce petit vent
sait rafraîchir très légèrement
tout ce que j’expose par-devant.

Quand je suis un peu trop admirée,
très lentement je me fais rouler
pour bronzer le deuxième côté.
Les curieux déçus vont s’en aller,
mais le vent va encore souffler.

 
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114


LE VIRUS


Si tu veux aussi débrider
un programme et le pirater,
tu pars tout droit à l’aventure.
L’informatique est bien trop dure
pour ceux qui n’ont pas étudié
tous ces langages d’initiés.

Un shareware peut planter
ton petit ami adoré
si tu cherches à retirer
l’écran que l’auteur a placé.
Si tu ne fais pas l’imbécile,
quelques autres sont plus dociles,
ils acceptent d’être violés
en modifiant les quantités.
Mais quand tu vas te retrouver
devant l’ordinateur bloqué,
incapable de relancer
ta machine perfectionnée,
tu ne pourras que regretter
d’être un magouilleur acharné.

Lorsque tu seras fatigué
de, sans cesse, tout recharger,
ce virus va t’abandonner
et tu auras enfin trouvé
qu’il est plus sage d’envoyer
un tout petit chèque barré.

Les nuits dont l’auteur s’est privées
seront ainsi récompensées,
un logiciel numéroté
sera aussitôt expédié,
tu pourras enfin apprécier
ce programme en totalité.

 
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L'EMMERDEUR


Parce qu’il insistait sans cesse
pour que la loi soit appliquée,
un citoyen, sans gentillesse,
se fit très vite surnommer :
« Grand emmerdeur », avec rudesse,
par celui qui était chargé
de rappeler, avec adresse,
qu’il faut toujours la respecter.

Pour lui prouver, avec sagesse,
qu’il pourrait bien sûr l’embêter,
il déposa une requête
sitôt les élections passées,
en omettant, avec finesse,
de verser le droit demandé.

Quand l’avis de se présenter
au tribunal pour s’expliquer
est arrivé à son adresse,
le maire informa sa bassesse
et chacun dans sa petitesse
décida de le cautionner.

Le jour qu’il était convoqué,
redoutant d’être condamné,
malgré son énorme mollesse,
il roula à grande vitesse,
mais crut bien tomber en faiblesse
quand l’huissier lui a déclaré :
« Ce dossier incomplet on laisse,
Monsieur, vous pouvez retourner ».

Le maire s’est fait couillonner,
il n’a plus jamais surnommé
les humains qui l’ont approché.
Tous les moutons se sont cachés
ayant trop peur de s’expliquer.
« L’emmerdeur » s’est bien amusé.

 
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L'ENFANT


Il vient sur cette terre en criant
et sans aucun motif apparent,
puis il récidive abondamment
dès que percent ses premières dents.

Quand il commence à se déplacer,
il faut toujours bien le surveiller
pour éviter qu’il puisse tomber,
sinon les larmes vont arriver.

A l’école, devant ses parents,
il refuse d’aller dans les rangs,
au collège, face à l’intendant,
il ricane et monte sur les bancs.

Lorsqu’il est déjà un peu plus grand,
alors qu’une copine l’attend,
la nuit, il fugue par tous les temps
et ne rentre qu’au soleil levant.

Petit, l’enfant pleure très souvent,
plus grand, il fait pleurer ses parents.

 
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LES AMOUREUX


Ensemble ils sont toujours heureux
mais deviennent très malheureux
et parfois même fort grincheux
si la distance existe entre eux.

Dès qu’ils peuvent se retrouver,
ils ne pensent plus qu’à rester
côte à côte ou bien enlacés
à se délecter de baisers.

Pour l’arrivée de la jeunesse,
certains pensent à la grand’messe,
d’autres préfèrent vivre heureux
toute la vie en amoureux.

 
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LES FAUX CULS


Nos anciens les avaient bien vus,
puis un jour ils ont disparu.
Mais comme une vieille entêtée,
la mode vient de relancer
ce faux cul qui va nous priver,
dès qu'elle en sera équipée,
d'une naturelle beauté
dont la femme a été dotée.

Ce nom du genre masculin
par contre va toujours fort bien
à ceux qui, souvent bien placés,
et surnommés les enfoirés,
n'ont pas honte de retourner
sans cesse de tous les côtés
leur veste pour accaparer
ce qu'ils n'ont jamais mérité.

Utilisation limitée
aux faux culs qu'il faut mépriser
parce qu'ils nous ont truandés,
ou à ceux qu'il faut admirer
lorsque l'on ne veut pas vexer
celles qui ont fort dépensé
pour ne pas être inaperçues,
quand elles traînent dans les rues.

 
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LES JARDINS DE L'AMOUR


Le jardinier adore son jardin.
La terre est préparée et cajolée,
en ajoutant un engrais composé,
il obtient un magnifique terrain.

Quand la saison propice est commencée,
graminées et fleurs vont être semées.
Petit à petit, les grains vont gonfler,
car dame nature va travailler.

Après plusieurs semaines d’entretien
et surveillance par ce technicien,
les petites semences ont grandi
en égayant notre ouvrier ravi.

Mais le besogneux est aussi un homme
qui adore son épouse et son home.
Sa superbe femme qui vient l’aider
aimerait bien cultiver un bébé.

Quand la bonne période est arrivée,
dans son minuscule jardin privé,
des milliers de petits plans animés
ont rapidement été repiqués.

Ces graines, conçues pour les nouveau-nés,
n’ont pas toutes réussi à pousser.
Une seule a survécu et germé,
puis tout doucement s’est développée,
mais les parents ont été enchantés.

Après plusieurs semaines d’impatience
et contrôle continu par la science,
l’heure de la récolte est arrivée.
Ce qu’ils avaient tous les deux cultivé,
un matin, s’est vite mis à crier.

Le jeune bambin sera élevé,
entretenu, soigné et éduqué,
pour lui permettre de renouveler,
comme toutes plantes du potager,
une génération qui va faner.

 
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120


LES JUMELLES


Lors d’un voyage à Miribel,
sur une route fréquentée,
une très jolie demoiselle
en m’apercevant a stoppé
un cabriolet bien briqué
pour me proposer de monter.

Après avoir longtemps roulé,
la voiture vint s’arrêter
devant une auberge enneigée.
La miss m’invita à entrer
pour un peu me désaltérer.
Une chambre était préparée,
ça sentait fort le coup monté,
mais je ne pouvais m’éclipser.

Je ne l’ai jamais regretté
car cette nuit fut endiablée.
Elle adorait venir coller
son corps avide et fort glacé
pour m’exciter et m’inciter
à de nouveau lui succomber.

Plusieurs fois elle m’a quitté,
juste le temps de se doucher,
puis rapidement revenait
et notre jeu recommençait.
Cette tendresse réclamée
au petit jour a dû cesser
car j’étais las et trop vanné,
n’ayant pas pu récupérer.

Seul dans le lit je crus rêver :
à côté on avait parlé.
Instinctivement éjecté,
inquiet et fort peu rassuré,
je m’y suis donc précipité.
Une surprise m’attendait :
des jumelles m’avaient berné,
à chaque douche elles changeaient.

Mon humour m’a encore aidé
et j’en ai même profité,
car pour ne pas les séparer,
avec les deux je suis resté
dans cette maison isolée.

S’il vous arrive de croiser
de temps en temps dans la contrée
quatre filles pas très âgées,
ne cherchez pas, elles sont nées
de cette nuit de jumelées.

 
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121


LES PECHEURS ET LE MEUNIER


Depuis plusieurs dizaines d’années
avec une très grande bonté,
tous les ans, un meunier tolérait
la pêche sur sa propriété.

La semaine, tard il travaillait,
ça lui faisait de longues journées,
mais les dimanches il s’arrêtait,
ni bruit, ni vagues, tout se calmait.

Un minus un jour est arrivé,
peu favorisé par la nature,
il avait vraiment mauvaise allure
et voulait tout révolutionner.

A l’opposé de sa petitesse,
il faisait de très grandes promesses,
allant même jusqu’à annoncer
que grâce à lui tout allait fermer.

Le meunier en a eu plus qu’assez.
La bienveillance étant dépassée,
il se mit à refaire tourner
ses  machines sans les arrêter.

Impossible de pouvoir pêcher,
l’eau était ainsi trop agitée.
Les pêcheurs ont très vite compris
qu’il était plus sage de garder
cette complaisance limitée.
L’incitateur a été démis.

Les dimanches, l’onde s’est calmée,
mais les poissons doivent se cacher.

 
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122


LES TARTELETTES


De la pâte dans les plateaux,
des cerises sans les noyaux,
un peu de crème, mais pas trop
et le tout mis à four très chaud,
Céline a très bien travaillé.

Elles sont sorties fort dorées,
fin prêtes à être croquées.
Ce soir ils vont les déguster
quand le mari sera rentré.

En revenant un peu plus tôt,
Pascalou  ce petit gourmand,
également très impatient,
mate les deux petits gâteaux.

« Tiens, une cerise est en trop »,
impossible de résister,
la voilà de suite croquée.
« Tout cela est vraiment trop beau »,
il mange tous les bigarreaux.

Délicieuses et appréciées,
elles ont été avalées.
Céline en a été privée.
Elle n’aurait pas dû laisser
sa pâtisserie exposée.

 
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123


LES TORTUES


Lors d’une fête de quartier
la maman avait acheté
à son fils, au coin d’une rue,
un jeune couple de tortues
qui avaient grand peine à nager
dans un trop petit saladier.

Tous les jours il les admirait,
assez souvent les nettoyait
et tous les ans agrandissait
la piscine où elles vivaient.

Heureuses dans l’eau tempérée
bordée d’un sable bien passé,
nourries de crevettes séchées,
leur taille a sans cesse augmenté.

Les années se sont égrenées,
le garçon a aussi poussé.
Une fiancée l’a aidé.
Puis un jour ils se sont mariés
et ont dû vite s’en aller
pour une région éloignée,
où ils ne pouvaient emmener
leurs amies qu’ils aimaient soigner.

Très soucieux de leurs protégées,
ils ont cherché à les placer.
Des clients avaient accepté
de les prendre et les installer
en compagnie d’autres gâtées
dans leur grande propriété.

Tout semblait fort bien s’arranger
jusqu’au jour du transfert fixé
où les larmes sont arrivées :
ils ne pouvaient s’en séparer.

La suite est simple à deviner :
les mariés se sont envolés,
les parents se sont dévoués
et les tortues sont bien gardées.

 
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124


LES VACANCES


C’est pour se changer les idées
que l’on décide de quitter
les habitudes attrapées
durant cette fort longue année
passée à beaucoup travailler,
sans avoir pu se reposer.

Sur place, sitôt arrivés,
on ne pense plus qu’à aller
se promener pour observer
ce qui a été modifié
dans cette station élevée
que nous adorons retrouver.

L’heure va vite être ignorée,
les sentiers souvent empruntés,
les photographies répétées,
juste pour se remémorer
la joie des vacances passées,
car hélas, il faudra rentrer.

 
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125


LES VIEUX MARIES


Cela fait cinquante cinq ans
qu’ils se supportent allègrement,
ça ne les a pas fatigués.
Même si leur peau est plissée,
ils continuent à plaisanter,
à s’adorer et vous aimer.

Ici, ils vous ont rassemblés
et sont heureux de vous convier
à ce festin qu’ils ont payé,
pour que vous puissiez constater
qu’ils font encore de beaux mariés,
malgré ces années écoulées.

Mais ils tiennent à vous rassurer,
dans un lit un peu déformé,
sans aucune arrière pensée,
cette nuit ils vont bien ronfler,
car les bébés c’est terminé,
toute la graine est épuisée !

 
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126


LES VOLEURS DE CERISES


Repiqué depuis plus de dix années,
un cerisier venu de la contrée
se mit dans la tête de nous donner
de magnifiques fruits rouges sucrés.

Une année, il commença  par montrer
une dizaine de belles drupes
que nous avons eu la joie de goûter,
malgré la rareté de la pulpe.

Un an plus tard il nous fit espérer
une belle récolte à se goinfrer,
mais les maraudeurs qui étaient passés
n'avaient laissé que des branches cassées.

L'année suivante avec parc clôturé,
nouvelle espérance encore ruinée
par les oiseaux qui nous ont précédés,
n'abandonnant que des fruits picorés.

Cette année avec radio installée,
pas d'oiseau pour venir tout nous voler,
mais des écureuils qui ont dévoré
fleurs et fruits dans des repas orchestrés.

Pour l'an prochain, nous avons décidé
de ne rien protéger et de laisser
tous ces petits gourmands se délecter
des présents que cet arbre va céder.

En échange du spectacle donné,
ces jolis voleurs pourront grignoter
et nous, nous serons heureux de manger
des superbes cerises…achetées.

 
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127


L' ETRANGER


Un citoyen assez serein
venu sur terre à Villefranche
ou sur les coteaux d’Epernay,
même s’il a une peau blanche
et parle fort bien le français,
n’est pas très souvent accepté
dans la campagne reculée
où il possède un petit bien.

S’il refuse de magouiller,
il devient un « étranger ».

Dans ces villages d’arriérés
où l’anarchie est pratiquée,
connue, et hélas tolérée,
tout nouvel arrivé dérange,
car il peut trouver fort étrange
cette seule loi respectée :
« Ici, on fait ce que l’on veut,
les étrangers, pas besoin d’eux. »

On n’hésite pas à voler
le bien de la communauté,
les chemins sont tous cultivés,
l’environnement est souillé.
Les bois sont coupés puis brûlés,
le ruisseau charrie les W.C.
Le maire n’est pas le dernier.
Il sait aussi faire appliquer
les règles qu’il entend dicter,
mais oublie qu’il est le premier
magistrat élu au village,
pour rappeler la loi des sages.

Si toi aussi, jeune « étranger »,
tu décides de t’acheter
une maison pour y passer
de beaux grands jours de retraité,
fuis ces patelins de tarés,
tu ne pourrais t’y reposer.

 
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L'HOMME


A peine haut comme trois pommes,
il voudrait déjà être un homme.
Pour l’imiter il veut marcher,
à chaque instant il va tomber.
Sa maman doit le surveiller,
car toujours il est en danger.
Le soir elle doit le bercer,
il n’est jamais fort fatigué.

Quand il sera émancipé,
sans sa mère pour surveiller,
il restera toujours bébé.
Il va très vite rechercher
la femme pour le câliner,
l’adorer et l’accompagner
jusque dans la chambre à coucher.

Mais là, il va beaucoup changer
avant de retrouver Morphée,
car il voudra d’abord prouver,
à celle qui a succombé,
qu’il est capable de semer
pour procréer de beaux bébés.

 
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129


L'HOMME QUI SE PLAINT AU CIEL


Seigneur ce n’est pas sans raison
que je viens devant ta maison
pour me plaindre, face à ces murs,
où tous les jours certains murmurent.

Ce grand corps dont tu m’as fait don
ne m’apporte pas que du bon.
Presque partout couvert de poils,
avec une barbe à couper
qui n’arrête pas de pousser,
je ne serai jamais étoile.

Pourquoi ne m’as-tu pas doté,
comme ces femmes désirées,
d’un épiderme à caresser
et d’un corps aussi bien galbé ?

« Homme jaloux veux-tu te taire !
Comment ferais-tu donc pour plaire
à cette jeunesse isolée
qui espère chez toi trouver
tous ces éléments fort virils
qui caractérisent ton style ?

Si j’ai entre vous partagé
tous les défauts et qualités,
c’est justement pour obliger
homme et femme à se supporter.
Tous ont très bien su s’adapter
depuis que le monde est créé.

Cesse donc de te lamenter,
car par soucis d’égalité,
je devrais aussi retirer
l’instrument que j’ai ajouté
pour te permettre de créer.
Et là, tu pourrais pleurnicher ».

 
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130


L'INCENDIE


La sirène retentit,
deux hommes accourent en habit.
Le camion rouge vrombit,
au loin la fumée s’épaissit.
Les voilà vite partis
avec le camion rempli.

Tout est déjà projeté,
il faut aller rempoter
à la rivière à côté.
Très vite ils y sont allés,
le matériel déployé,
mais l’eau ne veut pas monter.

Le caporal bricolait,
toutes les vannes tournaient.
Le malheureux transpirait,
le gros moteur s’emballait,
le tuyau, il remontait,
puis il le redescendait.

L’heure s’était égrainée
quand l’adjudant s’est pointé.
Les paroles ont fusé,
le conduit, ils ont changé.
De nouveau tout a tremblé,
mais notre eau n’a pas bougé.

En rage il s’en est allé.
La demi-heure est passée
et ils l’ont vu ramener
la motopompe tractée.
Immédiatement lancée,
la citerne fut chargée.

Sur place l’eau a manqué :
le tracteur était brûlé,
trop tard ils sont arrivés.

Quand on doit utiliser
un outil perfectionné,
pour ne pas être observé
en incapable hébété,
il faut avant étudier
cet engin et l’essayer.

 
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131


LOÏS ET LES HIRONDELLES


Loïs est une belle femelle,
reine de la guerre aux hirondelles.

La guérilla reprend tous les ans :
les petites se font attraper
et si on ne les voit pas à temps,
cette guerrière va les manger.

Pour se défendre, les oiseaux crient
en piquant sur la chatte tapie,
la frôlant sans jamais la toucher,
lui intimant l’ordre de rentrer.

Cette année, une trêve est passée :
les chasseurs noir et blanc emplumés
sont au repos toute la journée,
leurs gazouillis sont mieux acceptés.

La carnivore ne chasse plus,
elle préfère remplir sa vue
en les regardant virevolter,
car elle est maintenant retraitée.

La vieillesse a quelque fois du bon !

 
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132



L'ORDINATEUR


Tu épargnes ma sueur
tout au long de ces huit heures,
quand tu fais l’enregistreur
des données de mon labeur.

Tu totalises et donnes,
sans jamais tromper personne,
petites ou grandes sommes
de ces nombres qui m’assomment.

Trop souvent tu as bon dos
quand, pour expliquer, il faut
masquer la réalité
ou l'erreur d'un employé.

Mais jamais tu ne te plains,
tu tournes et ne dis rien
de ton travail fort mesquin,
c’est pourquoi je t’aime bien.

 
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133


L'ORGANISATEUR


Il ne doit jamais avoir peur
de perdre beaucoup de sueur
car tout doit être préparé
pour cette soirée annoncée.

S’il est par hasard arrivé
maints ennuis ou difficultés :
« Ça n’aurait pas dû se passer,
car c’était à lui d’y penser ».
Si tout s’est très bien déroulé :
« C’est normal on l’avait aidé ».

Mais c’est lui qui va nettoyer
le lendemain en matinée,
car la grande majorité
aura simplement oublié
de se lever pour y aller :
« Il ne restait rien à licher ».

 
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134


LUCETTE


Comme certaines sagittaires,
tu es bien une autoritaire
qui fait toujours semblant de plaire
tout en restant célibataire.

Ton pas toujours fort cadencé
m'avertit de ton arrivée
et me permet de préparer
une ânerie pour t'attraper.

Très facile à influencer,
malgré ta paie de retraitée,
tu ne sais jamais refuser,
à ton libraire préféré,
ces petits cartons à gratter
qui ne te font jamais gagner.

Tu repars pourtant enchantée,
même si tu n'as rien touché,
car l'horoscope t'est donné
et le gentleman t'a blaguée.

Tu vois, pour cet anniversaire,
tu ne peux que féliciter
l'énergumène de sagittaire
qui te fait toujours supporter
ses niaiseries pour te faire taire.
Pour le poème il m'a fallu
tutoyer une vieille femme.
Juré, je ne le ferai plus.
Comment allez-vous chère dame?


P.S.: N'oubliez pas chère Lucette,
que je vends souvent des sucettes
aux vieux de soixante trois ans,
même s'ils ont perdu leurs dents!

 
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135


MA VIE DE ROUE


Dès le premier jour je tournais
avec quarante deux godets.
En permanence j’entraînais
deux grosses meules qui broyaient
un magnifique grain livré
dans le but d’être transformé.

J’ai ainsi beaucoup travaillé.
Les guerres ne m’ont pas blessée.
On a osé m’abandonner
simplement pour me remplacer
par la fée électricité
qui a tout fait accélérer.

Pour la ferraille on m’a donnée,
heureusement l’eau m’a sauvée.
Puis j’ai été bien rénovée
pour me permettre de montrer
qu’avec un axe libéré
et très peu d’eau, je peux tourner.

 
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136


MAMIE NICOLE ET LE PERMIS


Revenant de l’auto-école,
le jour où il s’était inscrit,
avec malice et moquerie,
le jeune dit à sa mamie :
« Tu devrais passer le permis »
Sans répondre, elle a souri.

Pour éviter qu’il ne rigole,
elle décida de cacher
cette ambition inavouée
d’aller rapidement chercher
l’autorisation de rouler,
malgré l’âge fort avancé.

Le lendemain mamie Nicole
se retrouva comme chauffeur
en compagnie d’un moniteur.
Malgré quelques belles frayeurs,
elle conduisait bien sans peur
et sans emballer le moteur.

Par hasard, devant une école,
ils se sont tous deux retrouvés.
Ils étaient là pour le passer,
le permis, ils l’ont décroché.

Sans rancune ni faribole,
la mamie a vite acheté
sa voiture pour lui prêter.
Le petit-fils s’est excusé.

 
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137


MARINETTE S'EST LIBEREE


Mariée depuis un bon nombre d’années,
Marinette, seule, s’en est allée
pour retrouver toute sa liberté
en laissant son mari se lamenter.

Elle ne supportait plus les corvées,
toutes ses chemises à repasser,
tous les matchs de football à la télé,
son ronflement par-dessus le marché!

Devenue libre elle a pu s’exposer,
se pavaner, se divertir, traîner
et poursuivre d’autres activités
dont elle avait depuis longtemps rêvé.

Elle espérait bien pouvoir conserver
son autonomie pour l’éternité,
mais la solitude l’a écrasée
et lasse d’être seule elle a craqué.

Lors d’une rencontre elle avait trouvé
un fort bon copain, pour l’accompagner,
qui exauçait toutes ses volontés.
Elle s’est libérée pour l’enchaîner !

 
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138


MON PETIT TRESOR ADORE


Lorsque dans mon décolleté
tu plonges, encore gelée,
une main pour me caresser,
j’ai souvent envie de râler.

Comme bébé dort à côté,
pour qu’il ne soit pas réveillé,
je me retiens de te gronder.

Quand tu as envie de m’aimer,
commence donc par un baiser,
il est toujours bien apprécié
et parfait pour me réveiller.

La suite est simple à deviner,
car depuis longtemps pratiquée,
et réellement désirée.

 
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139


ORDRE DE MISSION


Lorsque tu arrives sur ce terrain,
tu n'as jamais le droit d'être un gamin.
Tu peux utiliser tous tes moyens
et plus particulièrement tes mains,
sur la très grande partie du chemin.

Abandonne la forêt pour le front,
en admirant les deux lacs si mignons
et longe l'arête pour descendre
vers ce petit oasis si tendre
où tu pourras défouler ta langue.

Arrivé au bord de cette falaise
descends-la lentement, toujours à l'aise,
puis, après être resté dans le cou,
escalade les dômes jusqu'au bout,
tout en caressant ces petits bijoux.

Quand les deux miradors sont bien pointés,
redescends, il te faut continuer
sur la partie mouvante dégagée.
Depuis le minuscule lac salé,
attention, c'est la zone protégée.

Une merveilleuse végétation
masque une mince faille, c'est mignon.
C'est ici que débute ta mission.
Avec ton matériel, tu dois pousser
progressivement pour ouvrir l'entrée.

La résistance te fait reculer,
recommence, il te faut pénétrer.
Tu vas souffrir, suer et grimacer,
mais dans ce gouffre, tu dois projeter
d'un coup toutes tes munitions stockées.

Le sol s'animera en ondulant,
tu entendras bruits et gémissements,
ton intervention sera terminée.
Parfaitement heureux, fort épuisés,
au septième ciel, vous serez montés.

 
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140


PETITE CLAIRE


Ma petite Claire bien brune,
toi qui es toujours dans la lune,
avec ton énorme fortune,
as-tu déjà pensé à plaire
à quelqu’un qui saurait y faire,
même s’il n’est pas milliardaire ?

Moi je n’ai pas beaucoup de tunes
ni quelques hectares de terre,
mais je fais de bonnes affaires.
Chaque fois que je me parfume,
je repense à toi et j’espère
que tu aimeras ton libraire.

Pourquoi donc avec une plume,
depuis ce beau pays de l’Eire,
ne réponds-tu pas à mes vers ?
Si tu es toujours dans la brume,
cours vite sous un réverbère,
pour écrire, on y voit clair.

 
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141


POURQUOI  ?


Pourquoi donc faut-il se lever,
se doucher et se pomponner,
s’habiller, vite démarrer,
juste pour aller travailler ?

Pourquoi donc se faire attraper
par un patron très mal luné,
si on est trop tard arrivé
faute à cet ascenseur bloqué ?

Pourquoi donc toute la journée
suis-je tenue de papoter
quelques heures pour raconter
mes ébats de la nuit passée ?

Pourquoi donc m’a-t-il insultée
parce que je n’ai pas frappé
la lettre qu’il m’avait donnée
au début de la matinée ?

Pourquoi ne veut-il nous laisser,
nous pauvres femmes, au foyer
et simplement nous envoyer
le salaire qu’il doit nous verser ?

C’est parce qu’il est arriéré,
qu’il veut toujours nous voir trimer,
qu’il refuse d’évoluer
et de quitter ses préjugés !

 
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142


SA PREMIERE COLONIE


Il avait à peine quatre ans
et quittait déjà ses parents
pour s’en aller loin de chez lui,
en grandes vacances… hé oui !

Dans cette belle colonie
avec un chef plein de génie,
tous formaient une équipe unie
ignorant la monotonie.

Le bon temps est vite passé,
personne ne s’est ennuyé,
mais il fallait hélas rentrer :
les parents allaient s’inquiéter !

Un jour avant de s’en aller,
le petit groupe fut lâché
dans la ville, pour acheter
un souvenir à emporter.

Le lendemain ils sont partis,
tous dans le car, assez ravis
de rentrer chez eux, enrichis
de souvenirs de colonie.

Le bus ayant trop bien roulé,
en avance il est arrivé.
Le chauffeur a tout déchargé
et seuls, chez eux, ils sont rentrés.

A la maison, Jean s’est montré
avec le tambour acheté,
mais la valise était restée
sur le trottoir, abandonnée.

Elle a bien été retrouvée,
et tous les ans fut de corvée,
mais l’instrument s’est reposé,
il a juste été exposé.

 
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143


SA PREMIERE SORTIE


Dans un café fort fréquenté
par une bande de copains
qui venaient parfois de très loin,
depuis longtemps il admirait
la jolie brune qu’il servait,
mais n’osait pas lui avouer.

Un jour il s’est enfin risqué
à lui dire qu’il aimerait,
avec elle, aller visiter
une foire-expo qui ouvrait.
La belle n’a pas refusé
et lui en fut très enchanté.

Le jour fixé ils sont partis,
par temps de vent et forte pluie,
dans sa voiture bien briquée.
Les stands ont été visités,
le soleil s’est mis à briller,
mais il a bien fallu rentrer.

La « Pan Pan » a beaucoup roulé,
l’essuie-glace s’est envolé,
il n’a pas voulu le chercher,
par la suite il l’a remplacé.

La journée est vite passée.
Les deux cœurs se sont rapprochés,
son rêve s’est réalisé,
toute sa vie, il l’a gardée.

 
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144


SON PREMIER VELO


Parce qu’il avait obtenu
son certificat d’études,
le papa l’avait fait entrer
dans un magasin très connu,
tout près d’une côte rude,
pour un vélo, lui acheter.

Il a choisi un « Tornado »
à cadre vert, avec rétro.
Sitôt sorti, il dévala
la pente en suivant son papa,
en regardant bien trop souvent
dans le rétro et non devant.

En bas, un panneau attendait.
De grands travaux, il signalait.
Le père l’a bien évité,
mais le jeune trop occupé,
l’a accroché et a volé
au beau milieu de la chaussée.

Comme un éclair il s’est levé,
puis pédala sans regarder
ses genoux meurtris et râpés.
A la maison, il fut soigné,
mais le petit rétro cassé
n’a jamais été remplacé.

 
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145


TA CIGARETTE


Une blonde ou une roulée,
si tu la gardes dans le bec,
c'est pour ressembler à un mec.
Mais tu peux aussi t'en passer
sans pour autant être classée
dans l'équipe des demeurées.

Lorsque seule elle se consume,
c'est bien ton argent que tu brûles,
même si tu as de la tune,
tout le monde, tu importunes,
car cette très nocive brume
reste incrustée dans nos costumes.

Pour épargner notre santé,
montre-nous donc ta volonté,
ici, évite de fumer,
tu en seras remerciée
et encore plus appréciée
par l'ensemble des associés.

 
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146


TA LIBERTE


En naissant tu es libéré
et tu as le droit de crier.
Voilà ta seule liberté.

Aussitôt on va te laver,
t’emmailloter et te coucher.
Plus tard, pour t’apprendre à marcher,
maman va souvent te parquer.
On va te forcer à aller
à l’école pour t’éduquer.
Dès les études terminées,
tu devras partir à l’armée
pour de nouveau être enfermé.
Les gradés t’en feront baver
et tu vas souvent t’ennuyer
sans jamais pouvoir te sauver.
Même après être relâché,
il te faudra bien travailler
avec horaire à respecter.

Dans tout pays évolué
la liberté est dirigée,
très étroitement surveillée
et de plus en plus grignotée
par des textes très compliqués
souvent revus et remaniés.
Si tu ne veux les respecter,
des sanctions toujours très salées
sont usitées pour te ruiner.

 
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147

 

TAISSY


En sortant de Sillery,
vous arrivez à Taissy.
Devant la gendarmerie,
ne faîtes pas d’ânerie,
la vitesse est limitée.
En face de la mairie,
un rond point est installé,
il faudra le contourner,
puis vous vous arrêterez
pour enfin tout regarder.

Cette ville est bien fleurie.
Une grande garderie
dans le centre est installée.
Son école est aérée.
Son église est rénovée.
Son château d’eau élevé
livre une eau claire traitée.
Avec une salle immense,
son centre de conférences
a toujours la préférence.

Chaque vendredi matin,
on y lit le « Taissotin ».
Tout y est dynamisé
par le maire et conseillers,
mais aussi très animé
par de bonnes volontés.
Son foot est fort renommé,
ses terrains sont admirés.
Le tennis est pratiqué
sur des aires abritées.

Jeanne s’y est arrêtée,
pour, Notre Dame, prier.
Village, je l’ai connu,
très grand, il est devenu.
Longtemps je l’ai côtoyé,
mais n’ai pu, hélas, rester.
Il m’a fallu le quitter,
mais je ne peux l’oublier.
Il est toujours dans ma vie,
j’aime revoir ce Taissy.

 
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148


TES SEINS


Lorsque tu as été domptée,
j’ai enfin pu les caresser.
Ils étaient menus et pointés,
fermes et toujours fort dressés.

Les saisons se sont succédées,
mais quand bébé est arrivé,
je les ai vus un peu gonfler
et du bon lait ils ont donné.

Les années sont vite passées,
aujourd’hui, même retraités,
ils ne cessent de me charmer
et je ne peux pas m’en priver.

Ah! ma chère, que j’aime bien
les sentir au creux de mes mains!

 
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149


TON ZIZI


Fort endormi dès le premier âge,
il reste sage comme une image.

Après une dizaine d’années
en compagnie de ses deux copines,
il est maintenant bien camouflé.
Il n’a pas toujours très bonne mine
mais sans en connaître la raison,
il se dresse dans ton caleçon.

Quand tu vas aller sur une plage
avec d'autres jeunes, en traînage,
afin d'admirer et chahuter
les nénettes qui vont se baigner,
tu ne pourras plus le contrôler.
Elles vont te trouver bien monté.

Si l’une d’elles veut le tester
et que tu ne peux lui résister,
n’oublie jamais de le protéger,
un pépin est trop vite arrivé.

 
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150


UN VILLAGE CONDAMNE


A droite, tu vois « Dominé »,
un grand mou trop influencé,
presque en face, c’est chez « Rido »,
le plus ancien « Quasimodo »,
à gauche voici les « Rackettes »,
la famille amasse pépettes,
un peu plus bas, c’est la « Nénette »,
la superbe voix d’opérette,
sur la place encore bien vert,
c’est notre bon ami « Albert »
et tout en bas, c’est le moulin,
des gens qui s’activent pour rien.

Très vite tu l’as traversé,
mais tu n’as pas dû remarquer
que le tennis était fermé,
l’ancienne école remplacée
par la salle inutilisée,
l’église sans aucun curé,
le café lui aussi bouclé,
la gare détruite et rayée,
la voie ferrée abandonnée,
le moto-cross inexploité,
les bâtisses inoccupées
et l’ancien moulin arrêté.

Il est fort joli ce village :
sa grande église et ses vitrages
en totalité remplacés,
avec ses trottoirs rénovés
et ses maisons numérotées,
sa salle claire et équipée,
le gazon de la grande rue
chaque semaine bien tondu,
mais hélas il n’a pas perdu
son ignoble mentalité
de paysans trop retranchés.
C’est un village condamné.

 
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